Archives pour la catégorie Réflexions

En vacances!

Illustration de Firkin sur openclipart.org

De retour le 24 Juillet! 

 

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Le caméléon et le flamant rose

ScreenHunter_01 Feb. 05 07.11Depuis l’automne dernier, j’ai un nouveau client de pige : Budge Studio, une compagnie québécoise qui s’est taillé une place de choix dans le milieu des jeux tablettes pour les enfants. Pour eux, j’écris les dialogues et « voice-overs » de jeux figurant des personnages connus de tous, aussi appelé des « licences ». Le premier sur lequel j’ai travaillé est sorti avant les fêtes (ce qui veut dire que j’ai le droit de vous en parler, hihi) et s’intitule Strawberry Shortcake Hairstyle Holiday.

Lorsque je fais de la pige pour une licence comme Fraisinette, je dois d’abord me plonger dans cet univers, non seulement pour comprendre le contexte et la personnalité de chaque protagoniste, mais aussi pour m’accaparer des codes de langage et le style littéraire de la série. Je n’écris pas du « Annie Bacon », j’écris du Fraisinette. Je deviens caméléon.

Illustration par Lamatin sur openclipart.orgRécemment, une amie illustratrice qui a travaillé des durant durant en entreprise m’a envoyé son porte-folio. Il est magnifique… et très varié. C’est normal! Dans le monde du corporatif, l’illustrateur doit adapter son style à la personnalité de chaque client. Comme moi avec Fraisinette. C’est du travail de caméléon.

Mais lorsqu’on pense aux illustrateurs connus au Québec, on réalise, au contraire, qu’ils ont un style personnel immédiatement identifiable! Que ça soit Benoit Tardif, Fabrice Boulanger, Jacques Goldstyn, Geneviève Després, Annie Rodrique, Rémy Simard, Phillipe Béha et tous les autres, ils gardent le même style quelle que soit la commande. Dernièrement, en recevant le calendrier Scout, ma fille de 5 ans a réussi à identifier qu’il s’agissait de « la même personne qui a fait les images dans le livre de chansons de chats et de chien » (soit Marie-Ève Tremblay). Aucun compromis, aucun camouflage.

illustration de annares sur openclipart.orgSi l’illustrateur en entreprise est un Caméléon, l’illustrateur à la pige doit être un flamand rose : différent, spécial, flamboyant, facilement identifiable.

Tout ça m’amène à me demander si c’est également vrai pour les auteurs. Devrais-je faire attention à ne pas trop m’éparpiller dans les livres que j’écris? Devrais-je identifier ce qui fait la touche « Annie Bacon » et l’amplifier? Cultiver mes tics d’écriture, dorloter mes thèmes, enligner mon style?

Et la question qui tue : avoir une identité forte comme auteur, est-ce véritablement quelque chose qui peut se faire de manière consciente, ou l’auteur risque-t-il alors de devenir une caricature de lui-même?

Bref, l’auteur peut-il décider d’être un flamant rose, ou risque-t-il alors de se transformer en dodo?

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Ma réconciliation avec les signets

img_1899J’ai longtemps eu une relation amour-haine avec les signets, surtout en salon du livre, allant parfois jusqu’à les cacher pour que les jeunes ne viennent pas les dévaliser dans leur chasse. Alors que je reviens du Salon du livre de Montréal, je réalise comment mon opinion a changé! Avec le temps, j’ai fini par comprendre leur utilité, et en tirer le meilleur parti!

En animation scolaire
Leur utilisation la plus parfaite est sans conteste dans les animations scolaires. J’en signe une pile la veille (un truc pris de Corinne de Vailly) et j’en laisse juste le bon nombre au professeur de chaque classe rencontrée pour qu’il les distribue après mon départ. Ça m’évite qu’une cohue de « veux-tu signer mon agenda/cahier/morceau de papier » ne me mette en retard pour la prochaine animation, mais surtout, ça empêche que la conversation dans les maisons au retour ressemble à ceci :

Enfant : Aujourd’hui, une auteure est venue dans notre classe, c’était super cool!

Parent (excité à l’idée de faire lire son enfant) : Ah oui? Elle s’appelait comment?

Enfant : Julie? Annie? Fanny? Je sais pu!

Parent (prêt à prendre des notes pour les cadeaux de Noël) : As-tu retenu le titre d’un de ses livres?

Enfant : Il y en avait un qui se passe après la fin du monde, puis un autre avec un gars qui vit des aventures super bizarres, ça avait l’air full bon!

Même armé de Google et épaulé du meilleur libraire possible, aucune chance que le parent s’y retrouve! Alors qu’avec le signet, même si ce n’est pas le signet du livre que son enfant a préféré, il pourra retracer l’information voulue.

En Salon
C’est ici que l’utilisation est plus nébuleuse! Ce qu’il faut savoir, c’est que certains groupes scolaires se mettent à ce qu’on appelle, entre auteurs, la « chasse aux signets », ce qui veut dire qu’ils viennent à nos tables juste pour prendre un signet, sans s’intéresser aux livres. Mais il n’en tient qu’à nous d’en tirer partie!

Conversation à ma table lorsqu’ils viennent chercher des signets :

 — Est-ce qu’on peut avoir un signet?

 — Avec plaisir, mais un seul par personne. Lequel vous voulez?

Un premier enfant pointe

 — Ah! Sous le divan (je prends un crayon et le signe en continuant de parler), dans celui-là, on réalise que les motons de poussière sous le divan sont en fait du poil de spiratins, des petites créatures invisibles qui vivent dans nos maisons.

Je tends le signet, un enfant pointe l’autre pile.

 — Celui de Dans la baignoire? Savez-vous ce qu’on trouve dans la baignoire? On trouve des aquidex, des créatures qui se tissent des nids avec les cheveux qui se coincent dans le drain…

Ils rigolent. Un lien se crée. Parfois, la conversation continue. Ils ne sont pas nécessairement du bon groupe d’âge ou niveau de lecture pour le livre, masi ce n’est pas grave. Il y a quand même une toute petite brique de plus dans leur attrait pour la lecture. En plus, leurs présence à ta table a peut-être attiré d’autre intéressés, et ces conversations ne sont-elles pas la véritable raison de notre présence en salon?

Si je suis d’humeur particulièrement efficace, lorsque ce n’est pas le bon groupe d’âge pour mes romans, je vais les attirer vers un livre plus approprié de la même maison d’édition. J’aime bien jouer les passeurs. Parfois encore, si ça vient sur le sujet, je vais les diriger vers mes autres livres, vendus à un autre kiosque. Pour les aider à les trouver, je vais sortir en douce… vous l’aurez deviné…  des signets de ces autres livres.

Dans la vraie vie
Finalement, je traine toujours des signets avec moi dans mon sac à main. Ils sont un peu mes cartes d’affaires. Les gens sont toujours curieux lorsqu’ils apprennent que je suis auteure jeunesse. Ils demandent si j’ai écrit des choses dont ils auraient pu avoir entendu parler. Je sors alors des signets, qu’ils peuvent garder avec eux. Ils en reconnaitront la couverture à leur prochaine visite en librairie et pourront satisfaire leur curiosité. C’est aussi bien pratique lorsqu’on cherche un bout de papier pour donner nos coordonnées à quelqu’un!

Alors, amenez-en, des signets! Je les prends par caisse, et les distribue avec l’enthousiasme d’un Père-Noël en début de tournée! Et surtout, plus jamais je ne les cacherai derrière ma pancarte de signature!

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Couverture du prochain Victor Cordi

Nous voilà à moins d’un mois de la sortie de Victor Codri, cycle 2, livre 2 : la grande évasion. Il est donc temps de vous dévoiler la magnifique couverture que Mathieu Benoit a illustrée. Ce sera le premier livre pour lequel il n’y aura pas d’image à l’intérieur, et on dirait que Mathieu a décidé de se surpasser sur la couverture pour compenser! Je pense que c’est ma préférée à date!!!

ScreenHunter_01 Mar. 13 07.57

Surveillez la page Facebook de la Courte Échelle, un petit oiseau m’a dit qu’un concours s’en venait pour souligner la sortie de ce 7e tome!

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C’est quoi « y arriver »?

ScreenHunter_02 Mar. 06 07.28Vous avez lu, la semaine dernière, dans quel état je suis revenue du Salon du livre de l’Outaouais. Alors que je racontais le tout à mon mari, je finis par pousser, en parlant de ma carrière, un « il faut que je sois patiente, je vais bien finir par y arriver ».

« C’est quoi, y arriver? » m’a-t-il demandé très finement.

J’ai été incapable de répondre. Avouez-le, la question est bonne. Qu’est-ce que j’attends de cette carrière? Après quoi je cours? Est-ce que je désire gagner des prix? Être invitée à tout le monde en parle? Avoir une horde de fans qui m’attendent derrière un cordon de velours dans les salons? Être traduite dans une dizaine de pays?

Je ne sais pas.

Si ce que je voulais, c’était d’être publié et d’être lue, c’est déjà fait accompli. Serais-je, comme racontait récemment Stéphanie Deslaurier dans son blogue, en train de courir après quelque chose que j’ai déjà?

La seule chose claire, c’est que j’ai toujours envie d’écrire.

Écrire, être lue, progresser. C’est peut-être suffisant.

Pour le reste, ce sera du bonus!

 

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Frozen et la force des clichés!

Frozen-Anna-HansJ’ai revu le film La reine des neiges de Disney la semaine dernière. La chose la plus merveilleuse de ce film, c’est qu’il utilise les clichés de ses prédécesseurs pour surprendre les spectateurs… deux fois plutôt qu’une! Analyse narrative ci-dessous. (Spoiler alert pour le reste du billet!)

Vers la moitié du film, l’héroïne (Anna, soeur de la reine des neiges) reçoit un mortel glaçon dans le coeur et se fait dire que le seul antidote possible est une preuve d’amour. C’est un cliché en lui-même, mais pour le bénéfice de ce billet, on le laissera passer, celui-là! Dès que l’antidote est mentionné, il se passe ceci:

Cliché numéro 1: l’héroïne conclut qu’il faut que le prince Hans (ci-haut) rencontré au tout début du film à travers une chanson d’amour classique doit l’embrasser. Le spectateur embarque à pied joint.  Certains adultes lèvent possiblement les yeux au ciel et sont déjà prêts à hurler.

Première surprise, le baiser n’aura pas lieu! Le prince Hans est en fait un manipulateur de la pire espèce. Mais sa rencontre avec Anna ressemblait tant aux autres rencontres princesses-princes des films de Disney, qu’on est tombé dans le panneau sans se douter de rien.

Donc, si la baiser avec Hans n’est pas une option, il faut que la véritable solution soit…

3_A82v0Cliché numéro 2: Un baiser de Christophe (ci-contre), le vaillant homme du peuple qui aide Anna dans son aventure depuis 20 minutes!

Certains spectateurs adultes l’avaient probablement vu venir! À ce point-ci du film, ils trouvent encore l’histoire “cucu”, mais ont la satisfaction de pouvoir flatter leur égo en ayant compris la direction qu’allait prendre l’histoire avant que le premier revirement soit révélé.

Et c’est ici que la force des scénaristes de fait sentir. Car, non! Ce n’est pas non plus l’amour du beau Christophe qui sauvera la princesse Anna! Le cliché qui remplaçait le premier cliché est lui-même un leurre! L’adulte est floué, surpris. Dans mon cas: ravi!

Je ne vous dirai pas ce qu’était finalement le véritable antidote, écoutez le film! (Ou demandez à n’importe quelle fille de 4 ans!)

Bref:

Les clichés font des leurres fantastiques parce que l’esprit du spectateur (ou du lecteur) a besoin d’une toute petite poussée pour s’y diriger volontairement. Pour les auteurs qui aiment surprendre leurs lecteurs, ce sont des outils fabuleux.

Je dois avouer utiliser cette technique dans Victor Cordi à plusieurs reprises! Je fais croire aux lecteurs que le méchant est manichéen (il ne l’est pas), qu’il est en fait le grand-père caché du héros (non plus!), que des anneaux trouvés en cours de route sont magiques (pas plus!). À chaque fois, il suffit que le héros considère vaguement la possibilité pour que le lecteur embarque à pied joint! Pourquoi? Parce que c’est la direction qu’aurait prise l’intrigue dans la plupart des livres qu’il a déjà lus!

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Bilan 2015 : le retour de la pige

Lorsque j’ai pris une partie de l’héritage de mon père pour me permettre de vivre de l’écriture, c’était avec l’intention de pouvoir en vivre, sans bouée, à 40 ans. Une fois cette partie d’héritage fondue, j’ai eu droit à un sursis grâce à une bourse du CALQ, mais cette année, j’ai dû me rendre à l’évidence, la quarantaine est entamée, et le montant de mes droits d’auteurs ne me permettent pas d’en vivre à court terme.

Au début, je me suis demandé si ce retour au mercenariat était, pour moi, un échec. Mais non, ma carrière d’auteur progresse, indéniablement, alors tout va bien. C’est seulement plus lent que prévu!

Alors, j’ai fait la paix avec la pige, que je continuerai tant que mes droits d’auteurs ne dépasseront pas le seuil de la pauvreté. De toute manière, il faut l’avouer, j’ai des clients sympas qui m’offrent des projets créatifs! L’écriture sur commande, avec contraintes spécifiques ou sujets imposés, est un défi qui me stimule plutôt que de m’ennuyer. Bref, je suis une pigiste choyée!

Pour le reste du bilan…

Livres écrits en 2015 :

  • Un album de longueure semblable à l’encyclopédie du merveilleux urbain
  • Les chroniques  postapocalyptiques d’une enfant sage
  • Le deuxième tome du Gardien des soirs de bridge

Livres publiés :

Un bilan dont je suis plutôt satisfaite, considérant qu’au début de l’année, je n’avais qu’un seul livre officiellement placé dans un calendrier de publication, et surtout, considérant que l’année à été très difficile sur le plan personnel. Cette année, mon métier a été plus qu’un travail, il a été une bouée!

 

 

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10 bonnes raisons d’offrir un livre jeunesse aux professeurs pour Noël

illustration de Rejon sur openclipart.orgDécembre arrive cette semaine, et avec lui la panique de trouver des cadeaux de Noël pour tout le monde! S’il y a un professeur sur votre liste, ne cherchez plus! Je propose un grand mouvement pour garnir leurs bibliothèques de classes!

Raison #1 : L’accessibilité aux livres, ça fait une différence! Des bibliothèques dans l’école, c’est bien, mais dans la classe, c’est mieux! Les jeunes ont ainsi des livres à portée de main en tout temps plutôt qu’une seule fois par semaine, et le nombre de livres qu’un enfant lit durant son primaire est directement lié à sa réussite scolaire.

Raison #2 : Les professeurs paient habituellement ces livres de leurs poches. Si les écoles ont des budgets d’achat de livre pour la bibliothèque générale, ce sont, à quelques exceptions près, les professeurs eux-mêmes qui garnissent celle de leur classe à même leurs finances personnelles (9 fois sur 10 d’après un petit sondage perso!).

Raison #3 : C’est un cadeau qui touchera des centaines de jeunes! Mais qu’est-ce qu’elle dit là, la madame? La classe de mon jeune n’est peuplée que de 25 élèves! Oui, mais en septembre prochain, votre enfant aura changé de classe, 25 nouveaux élèves prendront sa place, et votre livre-cadeau, lui, sera encore là!

Raison #4 : Partagez vos goûts personnels. Un des plaisirs, comme consommateur de culture, est de faire découvrir les choses que nous avons aimé à d’autres. Allez-y, faites-vous plaisir! Offrez une nouvelle édition d’un classique qui a marqué votre propre jeunesse, ou encore, demandez conseil à un libraire pour leur offrir ce qui se fait de meilleur dans votre genre préféré! Faites-leur découvrir l’univers qui vous anime! Osez même y mettre un mot pour prendre tout le crédit! Ils diront un jour : « si je suis un lecteur de science-fiction/polar/manga/autre, c’est grâce au père de X, élève en 2015 ».

Raison #5 : Formez de bons citoyens. Vous pouvez faire découvrir des merveilles, comme dans la raison #4, mais vous pouvez également leur ouvrir les yeux sur des valeurs qui vous sont chères. Un livre sur l’écologie, sur l’ouverture sur le monde, sur la confiance en soi, choisissez votre cause et, au besoin, demandez de l’aide au libraire. Le livre peut d’ailleurs très bien être un documentaire si vous pensez que votre message passera mieux sous ce format.

Raison #6 : Vous avez un espion dans la place! Plus d’angoisse à se demander si le professeur possède déjà le cadeau que vous désirez lui offrir! Embarquez votre enfant dans votre projet, que ce soit pour magasiner le livre avec vous, ou simplement pour vérifier si l’objet se trouve déjà dans la bibliothèque de la classe! Le crime parfait, pour le cadeau parfait!

Raison #7 : Il y a des livres pour tous les budgets. Le livre s’adapte très bien à tous les budgets. Vous pouvez trouver des romans pour aussi peu de 8$, et même moins si vous tombez sur une offre de lancement. Sinon, la plupart tournent autour de 10-15$ qui est, personnellement, mon budget-cadeaux pour les professeurs. Si votre budget est moindre, n’hésitez pas à acheter usagé! Votre budget est plus grand? Achetez-en deux!

Raison #8 : C’est tout ensemble qu’on fera une différence. Un seul livre, ça ne fait pas une bien grosse bibliothèque, me direz-vous. Et vous avez bien raison! Mais imaginez que seulement cinq parents par classe fassent comme vous. Le temps que votre enfant traverse son primaire, ce sont trente nouveaux livres qui l’attendront en 6e année! À raison d’un livre par semaine, il y aura de quoi l’occuper une bonne partie de l’année!

Raison #9 : Faites une pierre deux coups : achetez local! Il y a plusieurs mouvements pour encourager l’achat local pour les cadeaux de Noël. Le livre s’y prête parfaitement! En achetant un livre québécois, vous pourrez non seulement faire un cadeau fantastique au professeur, mais également faire un cadeau à un auteur québécois! Encore ici, le libraire est votre ami, mais n’hésitez pas non plus à me demander des suggestions, je serai contente de vous aider!

Raison #10 : 100% des professeurs interrogés ont dit qu’ils adoreraient recevoir un livre pour leur bibliothèque de classe. Bon, les professeurs interrogés faisaient partie d’un groupe sur l’enseignement avec la littérature jeunesse. Ils étaient peut-être biaisés! Mais quand même, 100% de taux de satisfaction, c’est tout de même une bonne moyenne! Trouvez un autre cadeau avec une telle majorité de satisfaction!

Histoire de donner l’exemple, voici mes propres achats pour cette année :

cadeauprof2

Et finalement, voici les niveaux scolaires appropriés si jamais vous désirez offrir un de mes livres :

 

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Survivre après la nouveauté

(Industrie de la nouveauté, partie 2.
La partie 1 est ici!)

J’ai parlé, la semaine dernière, de comment l’industrie du livre était de plus en plus fondée sur les nouveautés et les best-sellers. Mais des auteurs et des éditeurs réussissent à tirer leur épingle du jeu à l’extérieur de cette « game », et c’est d’eux dont je voudrais vous entretenir aujourd’hui.

Vendre à l’extérieur des librairies

Les Naufragés de ChélonMon premier Éditeur, les Éditions du Phoenix sont de ceux-là. Leurs livres ne font pas nécessairement les listes de best-sellers, et ne visitent pas nécessairement les cubes des grandes chaînes (à quelques exceptions près). Pourtant, mon premier livre, Les Naufragés de Chélon, publié en 2007, me rapporte encore quelques centaines de dollars par année, huit ans après sa sortie. Comment réussissent-ils ce prodige? Ils font d’excellentes ventes en salon du livre, entre autres grâce à leur kiosque en région, dans lesquels ils mettent les livres en avant du kiosque, sur des grandes tables à auteur d’yeux d’enfant. Aussi, ils ont travaillé leur réseau auprès des bibliothèques et des écoles. Leurs livres ont des durées de vies extraordinaires!

Utiliser les animations pour faire revenir les livres en librairie
La plupart des auteurs jeunesse font des animations scolaires et laissent ensuite derrière eux des jeunes intéressés à lire les livres présentés. Mais si les livres ne sont pas disponibles en librairie, très peu des jeunes intéressés mettront la main dessus! Un petit coup de fil à la librairie indépendante la plus proche, deux semaines avant l’animation, permet d’en avertir le libraire, qui s’assurera d’avoir les livres en stock. Ça permet à l’auteur d’avoir une réponse toute prête lorsque l’inévitable question de « ou est-ce qu’on peut trouver vos livres? » arrivera. Ça permet aux jeunes ne trouver le livre facilement, et ça permet au libraire local de faire des ventes plutôt que de les perdre au profit d’Amazone. Tout le monde est content.

Notez que le processus est beaucoup plus compliqué pour les grandes chaînes de librairie, puisque les libraires sur place ne peuvent commander eux-mêmes des titres. Il faut s’adresser aux acheteurs de la maison mère, mais comme ils refusent de parler aux auteurs, il faut passer par les représentants de la maison de distribution des livres… ce qui peut être compliqué lorsque, comme moi, vous avez plusieurs maisons différentes.

Faire partie du fond!
ScreenHunter_03 Nov. 21 08.01Le « fond », ou liste des livres rendus assez classiques pour rester en librairie en tout temps, est peut-être moins important qu’il a déjà été, mais il existe bel et bien! Les auteurs y entrent en publiant, année après année, des livres d’une qualité exceptionnelle. Dans les dernières années, on peut dire qu’Élise Gravel et Marianne Dubuc sont entrées dans le « fond ». D’ailleurs, lorsque la Courte Échelle ont réimprimé les livres de ces deux auteurs, après des mois de pénurie, les libraires ont crié de joie!

Côté roman, je suis un peu moins certaine de quel auteur a réussit l’exploit de se retrouver dans le fond. Simon Boulerice, peut-être? Ou Alain Bergeron? Mes amis libraires pourront m’aider dans les commentaires (ça serait gentil!!).   

Et le numérique, dans tout ça?
La promesse du numérique était de permettre aux livres d’être toujours disponibles, et donc, de faire du problème « d’espace tablette en librairie » une chose du passé. Mais il faut se rendre à l’évidence, en jeunesse, le marché n’y est pas encore. Lorsque les auteurs jeunesses comparent leurs chiffres de vente papier vs numérique, on parle d’un ratio allant de 0,5% à 1%. Dans un autre 5 ans, peut-être!

 

Le prochain billet sur le sujet (possiblement dans deux semaines) parlera des techniques utilisées pour s’adapter à cette nouvelle industrie de la nouveauté!

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Une industrie de la nouveauté

ScreenHunter_04 Nov. 15 07.43Mon mari m’envoie beaucoup d’articles. New York Times, Guardian, Globe and Mail, il est un news junky, et en profite pour me transmet tout ce qui touche l’industrie du livre.

Cette semaine, un article lu il y a quelques mois s’est mis à me trotter en tête. Je n’ai malheureusement pas réussi à le retrouver, mais il disait, en gros, ceci :

L’industrie du livre est en train de migrer d’une industrie de fond à une industrie de la nouveauté.

Note pour les néophytes : le « fond » représente les livres que les libraires tiennent en tout temps, les classiques qui continuent de se vendre, année après année.

Cette phrase expliquerait bien les symptômes ci-dessous, que j’observe dans l’industrie depuis des années :

  • Les livres ne sont plus en librairie lorsqu’arrive leurs nominations pour des prix (et n’y retournent pas pour autant)
  • Les premiers tomes de séries ne sont pas systématiquement recommandés lors de la sortie des tomes suivants, à moins que celui-ci n’ait été un très bon vendeur
  • Les collections par âge (Maboul, Cheval masqué, Chat de gouttière), qui étaient autrefois des valeurs sûre se retrouvent sur les tablettes sans passer par le sacro-saint cube.
  • Mêmes les livres qui auraient dû devenir des grands classiques (les orphelins Beaudelaires, le pigeon de Moe Willhem) ne sont plus disponibles quelques années après leurs moments de gloire.

Le tout est probablement causé par la surproduction, comme en a si bien parlé Daniel Sernine dans le dernier Lurelu, ainsi que le Devoir pas plus tard qu’avant hier dans leur article: Les auteurs sont-ils condamnés à la surproduction?.

C’est un grand changement dans l’industrie, puisque ça veut dire que les livres, qui avaient autrefois jusqu’à une année complète pour faire leurs preuves, n’ont plus que quelques mois, voir semaines, pour trouver leurs lecteurs.

L’industrie du livre se rapproche ainsi de l’industrie du cinéma dans laquelle les films n’ont plus que quelques fins de semaines pour convaincre les cinéplexes de les garder en salle. Un mauvais premier week-end et le film disparaîtra avant la fin du mois.

Qu’est-ce que ce changement implique, comment s’y adapter?  Je vais essayer d’approfondir le sujet dans mes prochains billets. J’en ai déjà un en tête sur les ventes hors nouveauté et best-sellers (parce que ça existe encore!) et un autre sur les stratégies qu’adoptent déjà les éditeurs . Rendez-vous les prochains lundis pour lire tout ça!

Notez avant de partir que mes observations se font à partir des inventaires des deux grosses chaines de librairies, puisque ce sont les inventaires auquel j’ai accès grâce à leurs sites internet. Il est possible que la situation soit différente dans les librairies indépendantes, et c’est d’ailleurs pourquoi elles sont indispensables à l’écosystème!

 

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