Archives pour la catégorie Réflexions

Une année virtuelle?

Avec la sabbatique, je prenais congé d’animations scolaires. Même si les classes françaises avaient voulu de moi, j’étais sur un visa touristique, et n’avais donc pas vraiment le droit de travailler.

J’avais tout prévu pour mon retour! J’avais collecté les courriels des professeurs m’ayant contacté dans l’année, et planifiais leur envoyer une relance vers la fin du printemps, histoire de commencer à remplir mon calendrier pour l’année scolaire 2020-2021. J’avais tout prévu… sauf la pandémie!

Parce que ramener les enfants et les professeurs en classe est une chose… permettre à une tierce personne pas du tout essentielle à l’équation de s’y ajouter en est une autre. “Les animations scolaires reprendront-elles?” est la question que se posent bien des auteurs jeunesse en ce moment.

Et comme les auteurs sont résilients, ils se relèvent les manches et s’adaptent. Bienvenue dans une ère d’animations par vidéoconférence!

J’ai des ami(e)s qui l’offrent depuis longtemps, entre autres pour rejoindre les classes de régions éloignées. Je l’ai moi-même déjà fait pour une présentation hors province. Ça marche plutôt bien, à condition de faire équipe avec la professeur, qui doit donner les tours de paroles (parfois même passer le micro, ou relayer les réponses) et gérer la discipline, puisqu’il est difficile de le faire à travers l’écran.

Bref, il est certain que, septembre venu, je serai disponible via internet pour les classes intéressées. Il me reste à réfléchir à l’adaptation de mon animation… (plus de visuel, peut-être? Une présentation PowerPoint pour accompagner?) et à espérer que les professeurs seront enthousiastes à l’idée!

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Et comment on écrit le présent, maintenant?

Dans les dernières semaines, mon amie et collègue Valérie Fontaine a posé une question très intéressante sur un groupe de discussion d’auteurs: le traitement que l’ont doit réserver à la réalité actuelle dans nos écrits? Plus précisément, si on écrit un roman dit « miroir », doit-on faire fi de la crise actuelle et de ses répercussions ou, au contraire, les intégrer au roman?

Voyons chacune des trois options de plus près.

Situer le roman AVANT la crise:
On écrit comme si rien ne s’était passé, comme si tout avait lieu dans l’année qui précède, ou encore dans une réalité alternative où ce satané virus ne s’est jamais pointé le bout du nez. Le problème? C’est que, tout le monde en est conscient, la crise changera des choses au niveau social, et ne pas tenir compte de ces changements risque de dater le roman! Une simple bise de bonjour, une boum entre amis, un concert dans une salle fermée et la temporalité du roman passe de « présent » à « passé »…  pour ne pas dire « dépassé! ».

Le situer PENDANT la crise:
Je crois que celui-ci est un piège! Tous les éditeurs craignent d’être inondés de « Journaux de confinement » dans les prochains mois. La vérité est que, juste après la crise, il y a de fortes chances pour que les lecteurs n’aient pas envie d’en entendre parler! Trop tôt! Pas assez de recul! Un peu comme une chanson de Noël au mois de février (ou de la neige au mois de mai, exemple tout à fait hypothétique) !

Le situer APRÈS la crise:
Évidemment, puisqu’il faut en moyenne une année (je dis moyenne, parce que ça peut être plus court comme ça peut être plus long) entre l’écriture d’un roman et sa sortie en librairie, on ose espérer que nous serons rendus à l’après. La meilleure manière de rester « actuel » est donc de tenter de prévoir les changements… mais comment? À moins d’avoir une machine à voyager dans le temps, des dons de voyance, ou un futurologue miraculeusement talentueux à portée de main, les chances de se tromper sont plus grandes que celles d’être justes! Porterons-nous des masques? Toujours? Seulement lorsque nous sommes malades? Juste dans les transports en commun? La forme des files d’attente sera-t-elle changée à jamais? Le télétravail deviendra-t-il la norme, créant ainsi un nouvel exode vers les campagnes?  QUI SAIT!!??

Bref, il y a zéro bonne solution!

Je me demande bien si les auteurs se sont posé la question lors de la Révolution française!

J’ai aussi bien hâte de voir, dans un an, les solutions qu’auront choisies mes collègues!

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L’ inquiétude

Vous vous demandez ce que je fais (à part des casse-têtes) pendant ce temps de confinement? Et bien, comme tout le monde: je m’inquiète.

Je m’inquiète pour mes enfants et le genre d’enfance que je leur offre, pour les aînés qui doivent choisir entre risquer de mourir et risquer de ne vivre qu’à moitié, pour la situation dans les CHSLD qui me laisse sans mots, pour les entrepreneurs qui devront fermer boutique, pour les soignants au bout du rouleau et pour bien d’autres choses encore.

Aussi, je m’inquiète pour mon industrie.

Je pense à mes amis auteurs, particulièrement ceux qui comptent sur les animations scolaires pour y arriver. Je pense aux librairies vides qui font bien ce qu’elles peuvent avec la livraison, aux éditeurs qui étaient déjà à bout de souffle avant tout ce bordel.

Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « la chaîne du livre ». La littérature est une industrie aux multiples maillons, dont la survie de chacun est tributaire de la survie des autres. Il s’adonne que cette chaîne n’est pas solide-solide, et ce, depuis longtemps.

Des articles sortent, des études aussi. Sur les conséquences du confinement pour les libraires, les auteurs, les éditeurs. C’est à peine si j’ose les lire. Je me sens comme les petits singes proverbiaux : une grande envie de me boucher les yeux et les oreilles, comme si mon ignorance allait faire que le problème n’existera plus.

Lorsque j’en parle à mon entrepreneur de mari, il y voit des opportunités de réinvention. « Les éditeurs pourraient ceci… » « les librairies devraient cela… », « les auteurs… ». Il rêve la transformation de mon industrie pendant que moi-même j’en cauchemarde les séquelles. Parce que s’il y a une transformation, il y aura des laissés pour compte.

Je sais, mon industrie n’est pas la seule à souffrir. Elle n’est possiblement même pas la plus touchée ou la plus fragile. Mais, que voulez-vous, c’est celle qui est la plus proche de moi. Alors c’est plus fort que moi : je m’inquiète.

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Pourquoi pas faire la lecture aux plus grands?

Comme la plupart des parents, j’ai fait la lecture à mes enfants tant qu’ils étaient petits… puis j’ai arrêté.

Il aura fallu une commotion cérébrale pour que je recommence, avec ma plus grande. Elle devait bien avoir 10 ans, et un coup à la tête lui a légué de vilains mots de têtes qui la rendaient incapable de faire quoi que ce soit. Nous étions au chalet de ma belle-mère, loin de ma propre collection de livres, mais j’ai mis la main sur le premier tome d’Harry Potter dans la bibliothèque.

Je lui ai fait la lecture.

Nous avons lu le premier assez rapidement, puis les deux suivants de manière beaucoup plus aléatoire, profitant des soirs où son père était en voyage d’affaires et que les deux plus jeunes étaient couchés. J’ai fermé le troisième tome alors qu’elle avait 12 ans.

Cette année, avec notre exil temporaire en France, ma plus jeune s’est mise à faire de l’anxiété et de l’insomnie. Nous lui avons apporté plusieurs solutions dont je ne ferai pas étalage ici, mais dans la trousse, ce qui a le plus aidé côté sommeil, c’est le retour à la lecture du soir. Voilà un mois que je lui lis Tobie Lolness, à raison de quelques pages par jours.

Elle a huit ans; elle adore ça!

En ces temps de quarantaine, où les heures peuvent être longues, pourquoi ne pas tenter le coup? Pour les plus jeunes, remplacez l’album pour le roman, ça vous changera de lire le même livre vingt fois de suite. Pour les plus vieux, aidez-les à lire quelque chose qu’ils n’oseraient pas lire seuls, découvrez ensemble un nouvel univers, ou faites-lui découvrir le classique qui a marqué votre jeunesse! Parlez-en, faites-en votre jardin secret.

Quoi qu’il arrive, vous en sortirez tous les deux gagnants!

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Les droits d’auteur en France: l’éléphant dans la pièce!

illustration de Karen Arnold prise sur publicdomainpictures.netEntre le rapport Racine et l’affaire Matzneff, il s’en passe, des choses, dans le monde de l’édition en France en ce moment. Aujourd’hui, c’est plutôt du premier dont je voudrais vous parler, mais surtout, je veux partager mon étonnement de « personne extérieure » sur ce qui me semble absent du débat.

Petite mise en contexte, le rapport Racine, intitulé « L’auteur et l’acte de création » est une étude sur les conditions de travail et de vie des auteurs, avec, à la clé, des suggestions pour améliorer leur sort.

Autour de ce rapport, il a été beaucoup question, dans les médias, de surproduction, de régimes de retraite, et de la possibilité de rémunérer les auteurs pour leur temps en salon du livre.

Pourtant, de mon œil extérieur, le vrai nerf de la guerre devrait être le suivant :  le faible pourcentage de droit d’auteur que reçoivent les auteurs français!

Explication chiffrée ci-dessous.

La situation au Québec
J’ai 25 romans jeunesse publiés au Québec. Chacun de ces livres me rapporte 10% du prix de vente suggéré (parfois séparé avec l’illustrateur, selon les cas). Il ne m’est arrivé que deux fois, au Québec, de me voir offrir moins. Dans le premier cas, l’éditeur s’est ravisé, et a depuis changé ses politiques. Dans le deuxième cas, l’éditeur est resté sur sa position, et je suis repartie avec mon manuscrit sous le bras. Je suis chanceuse, j’ai les reins assez solides pour me permettre de dire non.

Bref, au Québec, la norme, c’est 10%.

La situation en France
J’ai signé un seul livre à 8%, c’est celui publié en France. Là-bas, c’est la norme, j’y étais préparée. Voici quelques chiffres pour illustrer la chose, tirés de l’étude « 7e baromètre des relations auteurs /éditeurs » réalisée en l’honneur du Salon du livre de Paris de 2018.  (point 3, rémunération pour ceux qui veulent lire le texte original).

Je vous en donne les grands points :

  • Taux moyen de rémunération des auteurs en France: 7,2%
  • Seuls 24% des auteurs y reçoivent 10% de droits d’auteurs, les autres moins!
  • En jeunesse, le taux peut descendre aussi bas que 6% (qui devient 3% lorsque séparé avec l’illustrateur).

10 % au Québec, même pas tout à fait 8% en France. Pour voir lequel des deux est hors norme, j’ai cherché des chiffres de ce qui se fait dans d’autres pays. Notez que je ne suis pas journaliste, on ne parle pas ici d’enquête de fond, mais voici tout de même ce que j’ai trouvé.

La situation ailleurs :
Aux États-Unis, selon « the business of Publishing » de Alan Jacobson, les auteurs recevraient 10% à la base, avec une clause escalier à partir de 5000 copies vendues.

L’étude de 2010 « les droits d’auteurs en usage en Europe » nous donne* :

Allemagne : 9,56 % en moyenne (p.21)

Espagne : 10% à la base (p.37)

Grande-Bretagne : 10 % pour un auteur moyen, plus pour un auteur installé (p.52)

Ce n’est donc pas la Québec qui exagère avec ses 10%, c’est la France qui est en dessous des normales!

Pourquoi alors ce n’est pas la première chose dont on nous parle lorsqu’il est question, en France, d’améliorer le sort financier des auteurs?

 

*Notez que pour tous les chiffres cités, on parle des éditions principales, et non des éditions de poche, pour lesquels les chiffres sont habituellement moin élevés partout.

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Résolution 2020 : laisser-aller…

La plupart des résolutions de janvier que j’ai prises sur ce site, à date, étaient des résolutions de lectrices : lire des romans québécois, lire des classiques, partager les œuvres que j’aime, etc. Cette année, je prends une résolution d’autrice : ma carrière va bien, il est temps que je laisse aller mes livres une fois publiés.

Je m’explique!

Je suis une mère poule! Tant avec mes enfants qu’avec mes livres. Avec ces derniers, une fois qu’ils sont publiés, je m’inquiète de leur sort. Sont-ils disponibles sur les tablettes? Sont-ils lus? Sont-ils appréciés? Commence alors une spirale de vérification de l’inventaire des librairies, des médias sociaux et des sites littéraires.

Bref, beaucoup d’énergie dépensée. POUR RIEN!

Pour rien, parce que la plupart du temps, il n’y a rien d’intéressant à y trouver, puisque la vie de mes livres se fait sur le long terme. Pour rien parce que les nouvelles importantes finissent par se rendre à moi de toute manière, via mes éditeurs ou mes amis. Pour rien parce que, une fois le livre publié, je n’ai plus grand contrôle sur ce qui lui arrive.

En y réfléchissant, je crois que cette compulsion à rechercher de l’information était reflet d’une grande ambition : vivre de ma plume. Je consultais les sites comme d’autres consultent les oracles : « Goodreads, Goodreads, dis-moi, puis-je y croire encore? ». Mais voilà, l’ambition est remplie : je suis revenue au salaire que j’avais comme employé de bureau. Il est temps de profiter de ce métier fantastique, et de lâcher prise!

Désormais, j’écris mes livres, je les relâche dans l’univers, et je passe à autre chose!

Fiouf! Ça va faire du bien.

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Réflexion de déracinement #3: on s’adapte moins vite qu’on pense

Petit rappel, j’utilise mon déménagement pour analyser les réactions d’un humain sorti de sa culture. Chez un auteur normal, ces réflexions peuvent servir pour une histoire d’adolescent qui déménage et change d’école secondaire. Dans mon cas, il y a plus de chances que ça serve au passage d’humains vers un monde parallèle, ou à l’arrivée d’un extra-terrestre dans un petit village des Laurentides.

Billet lui-même, maintenant:

Voilà près des cinq mois que je suis en France, soit la moitié de notre séjour. On pourrait penser que ça y est, mon adaptation est faite, et c’est vrai sur certains points. Je ne me pointe plus dans un petit magasin local en début d’après-midi (c’est fermé!!), le St-Moret a remplacé le beurre d’arachide sur mes rôties du matin, et je prends les ronds points comme une championne.

ET POURTANT…

Pourtant, il reste plusieurs adaptations qui tardent à venir! La première est celle du langage! Je suis toujours incapable de parler du repas du midi comme étant le déjeuner, ou celui du soir comme étant le dîner. Même chose pour calorifère (radiateur) et boîte à lunch (panier-repas). J’ai beau savoir que ce sont les termes utilisés ici, ce ne sont pas ceux qui sortent de ma bouche. C’est comme si la portion de mon cerveau qui traduit d’une culture à l’autre avait toujours quelques secondes de retard sur ma parole. Lors de dialogues, je suis constamment en train de me reprendre moi-même lorsque je parle à des Français.

Le deuxième problème, c’est la fameuse bise! Au moins, dans le sud, c’est deux, comme au Québec! Ça fait déjà ça de pris. Par contre, c’est beaucoup plus souvent. Les premières fois que des gens que je n’avais rencontrés qu’une seule fois ont approché leur bouche de mes joues alors qu’on se croisait à peine, mon réflexe a été de reculer avec un air terrifié. J’ai probablement insulté des dizaines de Français en agissant de la sorte! Avec le temps, je m’y suis fait, preuve qu’il y a adaptation,  mais cette dernière n’est pas complète. Il y a une chose à laquelle je ne m’habitue pas: faire la bise aux enfants. Déjà, ça m’a pris DES SEMAINES avant de comprendre pourquoi, lors de rencontre avec leurs parents, les enfants se plantaient parfois devant moi, sans rien dire, le visage tendu vers le haut. Et si, maintenant que j’ai compris, je suis capable de m’y contraindre, le geste ne m’est toujours pas naturel, et je m’y dérobe dès que je sens que je peux le faire sans offusquer personne.

Bref, cinq mois plus tard, je suis encore, parfois, un poisson hors de l’eau.

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Prédictions 2020

image prise sur clipart libraryGrande année d’incertitude au niveau personnel, puisque la sabbatique en Provence prendra fin au mois de juillet, que nous n’aurons plus de maison rendus là! Ou habiterons-nous? Le plan officiel est Montréal, préférablement dans un quartier qui permettrait à la grande de continuer son secondaire dans la même école, mais en vérité, le tout dépendra des opportunités d’emploi de mon mari!

Côté professionnel, j’aimerais bien continuer de publier des deux côtés de l’Atlantique, mais je n’ai, pour le moment, rien d’autre de signé en France et ma fenêtre d’opportunité pour 2020 se rapetisse à vue d’œil. C’est donc sous le signe des « on verra », comme le dit si bien ma comparse Geneviève Blouin dans son propre bilan de prédictions.

En fait, j’ai un seul livre de signé officiellement pour 2020 :

  • Pétronille Inc. T2 : Chauves-souris locales

Qui devrait sortir au printemps! J’ai tout de même d’autres publications de prévues, mais comme ce sont des albums, et que ma malchance avec ceux-ci est légendaire, je ne sabrerai pas le champagne tant que ça ne sera pas signé!

Les voici tout de même :

  • Un album de coureur des bois
  • Un album plutôt sérieux

Qui devraient sortir tous les deux chez le même éditeur.

À tout ça pourrait s’ajouter un troisième Pétronille, et un premier tome de nouvelle série annoncé sous le nom « Les Abysses » dans mon bilan de 2019. Le Soutermonde n’est pas tombé dans l’oubli, mais il prendra une presque-pause* en 2020 pour mieux vous revenir en 2021 si tout va bien!

Côté écriture, il y a plus de projets qu’il y a de temps dans l’année! L’incertitude sera donc surtout une question de priorité, selon ce que je réussis à signer d’ici l’été! Seuls les deux premiers sont certains :

  • Pétronille T.3 : Mandragore sans gluten
  • Un projet secret chez Bayard (chuuuuut!)

Les autres sont pure spéculation :

  • Un (ou deux) projets du Soutermonde
  • La suite des Abysses
  • Un Magical Girl T2, si jamais je finis par placer le premier!
  • Un autre album, on y prend goût!

Alors voilà, une année sous le signe de l’incertitude, mais que je commence avec optimisme et trépidation! Au plaisir qu’on s’y croise!

 

* J’expliquerai le « presque » en temps et lieu!

 

 

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Découverte du « livre familial »

Clémentine Beauvais ne blogue pas souvent, mais lorsqu’elle le fait, c’est toujours hyper intéressant! La semaine dernière, elle a publié un billet dans lequel elle disait, en gros : il existe des « films familiaux », alors pourquoi pas des « livres familiaux », pour ensuite décrire, analyser et tenter de définir ce qu’il est.

Lisez le texte entier, c’est ici!

Il y a quelque chose de jouissif dans cette idée : que l’on puisse lire un livre, partager notre plaisir et en discuter en famille comme on le fait avec les séries télé et les films. Chez nous, on le fait également avec les BD. Je discute des Bergères Guerrières avec ma fille comme je discutais des Thorgal avec mon père étant enfant.  Et les livres…? Mais oui! Pourquoi pas les livres! Comme les albums que l’on lisait tous ensemble avant que notre progéniture ne sache lire… mais cette fois, avec la possibilité aussi de les lire chacun de son côté.

Il aurait été facile de dire qu’il suffit qu’un livre soit bon pour qu’il puisse être familial, ou encore de mettre seulement tous les classiques dans ce bateau. Heureusement, le billet de Clémentine Beauvais va plus loin! Il est d’excellents livres jeunesse qui ennuient les adultes et ravissent les enfants! Comme il est des titres méconnus qui peuvent faire de très bons livres familiaux. Non, la classification est ailleurs.

Je recopie ici son paragraphe qui en liste ses hypothétiques prérequis :

« Par exemple, je crois que le ‘livre familial’, comme le ‘film familial’, entretient un rapport principalement romantique à l’enfance et à l’adolescence, avec des thèmes de prédilection comme la nature, le voyage, la famille (of course) et la littérature; valorise la découverte et l’aventure, une certaine ouverture sur le monde libérale; une esthétique de l’émerveillement ou de la curiosité; est plutôt intertextuel/ interréférentiel et révérend envers les classiques; est stylistiquement d’un registre de langue plutôt élevé, l’esthétique stylisée, métaphorique, le ton spirituel et bienveillant, pas majoritairement cynique; l’humour à différents niveaux (du scatologique au pastiche); et suit des chemins narratifs plutôt bien balisés. Il a tendance à avoir une voix narrative bien définie, souvent une troisième personne focalisation interne, qui incite à la performativité et à l’oralité. Il est publié et distribué commercialement dans une tranche qu’on appellerait ‘mid-brow’ en Angleterre, c’est-à-dire ni snob ni littérature très commerciale, juste entre les deux. »

Il y aurait sans doute place à une grande discussion sur chacun des points, mais mon épiphanie personnelle est surtout que je reconnais certains de mes livres dans cette liste (particulièrement sur l’esthétique de l’émerveillement et le niveau de langue plutôt élevé que me reprochent parfois les professeurs, mais pas du tout sur l’humour à deux niveaux, qui n’a jamais été ma force!). J’ai toujours dit que mes Chroniques post-apocalyptiques d’une enfant sage et, plus récemment, La Promesse du fleuve, étaient mes livres les « plus accessibles aux adultes ». J’ai d’ailleurs des mamans qui me disent avoir volé le premier à leur fille et avoir adoré, et une journaliste m’a récemment demandé du deuxième si c’était vraiment du jeunesse, parce qu’elle y avait pris son pied!

Je n’ai jamais trop su qu’en penser, mais désormais, j’ai une réponse si jamais on me demande le public cible : ce sont des romans familiaux, voilà tout!

En post-scriptum, je voudrais ajouter quelques titres que j’affectionne particulièrement à ceux que Clémentine Beauvais cite en exemple de romans familiaux :

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Réflexion de déracinement #2: les petites choses qui tuent

Pour la réflexion #1, c’est par ici! 

On pourrait croire que les différences les plus énormes seraient ceux qui nous marque le plus lorsqu’on vit dans une autre culture. Étrangement, c’est tout l’inverse! L’accent, je ne l’entends même plus, comme je ne remarque plus les grandes différences architecturales. Je ne m’étonne même plus de voir les gens se stationner sur le trottoir, j’ai même déjà tendance à faire comme eux.

Vous voulez savoir ce qui me fait sentir le plus loin de chez moi?

Les feuilles mobiles. Elles ne sont pas lignées de la même manière qu’au Québec, et ça me tue à chaque fois.

Voici la comparaison:

Motif d’une feuille mobile du Québec

feuille mobile canadienne

Motif d’une feuille mobile en France (aussi appelées « copies simples »).

feuille mobile francaise

C’est tout bête, une différence sans importance, mais c’est justement sa mondanité qui lui donne toute sa force. C’est un objet du quotidien que l’on tient pour acquis, que l’on ne remet pas en question… jusqu’à tomber sur une version nouvelle.

Lorsqu’on crée de nouvelles cultures en littérature de l’imaginaire, on s’attarde souvent sur le cérémonial: culte, événements spéciaux, objets d’apparat, etc. Alors que la différence culturelle (ou l’altérité, si vous préférez) peut jaillir de partout, même de l’objet le plus banal.

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