La science, l’imagination, et moi

Posted by Annie Bacon | Inspiration,Le métier | Mercredi 1 février 2012 15:03

Le saviez-vous : avant de faire communications à l’université, j’ai fait Biologie. Durant une seule session, mais tout de même, ma présence en cette branche reste tout de même un signe de mon intérêt pour les sciences. Mais sciences et imagination vont-elles de pairs? Absolument, mais d’une drôle de façon. Elles se nourrissent, et se limitent, tour à tour.

 

La science comme limite :

Il y a certains délires desquels je décroche à cause de la science. Je suis absolument prête à accepter toutes sortes de magies, allant de l’apparition à la transformation de matière, mais de drôles de détails peuvent tout anéantir. Par exemple, dans le quatrième tome des aventures en pays d’Oz de Frank L Baum, Dorothé et ses amis arrivent dans un pays au centre de la Terre où il est possible de marcher sur l’air, et même d’y monter et descendre comme sur un escalier. Ma pensée : « mais si l’air est assez dense pour y prendre appui, comment est-ce possible de ne pas s’y sentir empêtré lors de déplacements horizontaux? » Et voilà, d’un seul coup, je ne crois plus en l’univers d’Oz, alors que les animaux qui parlent et les épouvantails vivants ne me posaient aucun problème.

 

La science comme alliée :

Ce même esprit scientifique est toujours présent lorsque je crée des créatures étranges. J’en ai déjà parlé lors de la création des scarpassons, mais depuis, je me suis trouvé une allier en la personne d’une cousine s’étant rendue bien plus loin que moi en biologie. Voici un exemple de nos échanges, paraphrasé pour la cause.

 

Moi : Pour mon roman, j’ai besoins qu’un homme-plante puisse vivre enraciné tout en haut d’une falaise de glace dans un pays nordique! Je fais ça comment? Des sources d’eaux thermiques? Des « plantes à sang chaud »? D’autres idées?

Cousine : Il y a moyen de faire un trio symbiotique homme-lichen crédible dans des conditions polaires : l’homme fourni la chaleur métabolique pour augmenter la température de l’organisme permettant aux algues de  faire de la photosynthèse et aux champignons, de l’absorption

Moi : Ce n’est pas une symbiose, c’est vraiment une plante avec un cerveau et un appareil moteur (genre des bulbes qui s’emplissent et se vident d’air pour faire bouger les branches).

Cousine : Les bulbes, tu devrais les faire remplir de sève, c’est un phénomène qui existe, on appelle ça un squelette hydrostatique.

Lorsque vous croiserez les mots « Squelette hydrostatiques » dans un de mes romans, vous saurez d’où ça vient! Un exemple parfait de la science au service de l’imagination!

Tobie Lolness : ou la différence entre l’art et le divertissement dans la littérature jeunesse

Posted by Annie Bacon | Inspiration | Vendredi 21 octobre 2011 10:50

J’avais lu le premier, La vie Suspendue, il y a près d’un an, j’avais adoré. Je viens tout juste de terminer le deuxième, Les yeux d’Elisha. Je suis époustouflée. La série Tobie Lolness est officiellement ce que j’ai lu de mieux en littérature jeunesse, de par ses personnages, de par son intrigue, mais surtout, de par son écriture.

Je m’explique.

La plupart des livres jeunesse, aussi bons soient-ils, sont écrits avec une plume efficace, voire invisible. Si on me demandait, par exemple, si J.K. Rowling écrit bien, je réfléchirais quelques minutes, pour penser : « elle écrit sans doute bien, puisque sa plume ne m’a jamais dérangée lors de la lecture de la série ». Comme de fait, lorsqu’on lit les Harry Potter, l’écriture n’est jamais un obstacle. Ça coule, on se plonge dans l’action, on oublie qu’une personne nous raconte toutes ces péripéties. Bref : une écriture efficace et invisible.

J’ai déjà écrit, sur ce blogue, une ode à l’écriture hyper-présente, mais il s’agit d’autre chose dans le cas de Tobie Lolness. Timothée de Fombelle, l’auteur, écrit merveilleusement bien, d’une écriture qui nous fait arrêter pour dire simplement « wow », comme si nous figurions dans une mauvaise annonce d’hôtel.

Des exemples? Ça va de la simple phrase humoristique intelligente :

Première phrase du deuxième livre :

«  Si la bêtise avait un poids, le major aurait déjà fait craquer la branche ».

 

À la poésie pure et simple :

  Alors qu’une captive accepte un mariage forcé :

« Il n’y avait pas la place pour la moindre poussière d’amour entre les trois lettres de son oui. »

 

On passe donc au-delà de l’efficacité pour entrer dans la beauté de la langue, pour créer des images, des atmosphères, des impressions. Cette utilisation du médium pour aller au-delà de l’histoire narrative pour s’adresser plutôt aux sphères plus aériennes de la pensée n’est-elle pas à la base même de l’ART?

Tout ça pour dire que Tobie Lolness est maintenant ma cible à atteindre au niveau de la qualité, le spécimen à partir duquel chacune de mes œuvres futures sera jugée. La barre est haute!

L’évolution de l’imagination.

Posted by Annie Bacon | Inspiration | Lundi 8 août 2011 08:35


 Dans un récent billet, l’auteure Marie Potvin, exprime que, avant d’écrire elle-même, elle se demandait « comment une histoire aussi longue pouvait bien prendre forme dans l’imagination de l’auteur ».  Le questionnement a résonné dans mon esprit, puisque j’ai vécu quelque chose de similaire dans les dernières années. Je m’explique.

 

Ma première série, Terra Incognita, présente une suite d’histoires indépendantes. Tout en écrivant les premiers tomes, je m’extasiais de la capacité d’auteurs comme J.K. Rowling de pouvoir étaler les aventures de leurs personnages sur plusieurs livres. « J’en serais incapable », pensais-je.

 

Pourtant, mon prochain projet sera une série tout ce qu’il y a de plus épique! Étalée sur au moins 8 volumes, l’aventure se poursuivra d’un livre à l’autre. Non seulement j’ai déjà en tête une bonne idée de ce qui se passera dans chacun de ces recueils, mais certaines scènes des quatre premiers livres sont déjà claires à mon esprit.  Non seulement cette chose qui semblait impossible est-elle désormais à ma portée, mais elle me vient de manière toute naturelle, sans forcer.

 

Cette réalisation est presque enivrante! Qui sait quelles autres fausses limites mon cerveau décidera de défoncer la prochaine fois!

 

Un seul sujet, vingt-deux histoires

Posted by Annie Bacon | Inspiration,Le métier | Lundi 7 février 2011 14:01

Dans le dernier mois, j’ai réalisé un contrat pour un éditeur qui me demandait 22 histoires de Noël de 200-230 mots chacune.  Au début, se faire demander une histoire de Noël, ça fait un peu peur. Tout n’a-t-il pas été déjà dit sur le sujet? Alors 22, imaginez!

En listant des thèmes, les dix premières histoires me sont venues assez rapidement. En écrivant les dix premières, une demi-douzaine d’autres ont fait leur apparition. Puis, le flot s’est ralenti. Je dois avouer avoir peiné un peu avec les trois dernières, mais j’y suis arrivée sans jamais dépasser le « une heure par histoire » que je m’étais imposée.

Les ateliers et livres d’autoaide pour laisser sa créativité s’épanouir pullulent, alors que j’ai bien souvent l’impression que tout ce que ça prend pour avoir des idées, c’est une chaise et un deadline. Et encore, la chaise est facultative!

Et c’est là que nait le paradoxe! À travers ces 22 contes, il y en a un que j’apprécie particulièrement et j’ai, comme  chaque fois que j’écris quelque chose dont je suis particulièrement fière, convaincu que je n’aurai pas d’autre idée aussi bonne et que je n’aurais jamais du la gaspiller sur un contrat. Pourtant, une autre heure sur ma chaise, un autre deadline et un texte aussi bon, voire meilleur, jaillira.

Tout ça pour dire que je suis absolument d’accord avec les deux opinions de la dernière chronique littéraire de Stéphane Dompierre : les idées sont à la fois très précieuses et parfaitement renouvelables!

Inventer de nouveaux mots

Posted by Annie Bacon | Inspiration,Lectures | Jeudi 27 janvier 2011 09:44

Dans mon dernier billet, je parlais du changement de contexte comme manière d’ajouter une grande touche d’originalité et de merveilleux à un livre. J’ai envie aujourd’hui de parler d’une deuxième manière, qui est celle d’inventer des mots!

Inventer des bons mots est tout sauf facile! Il existe des experts qui inventent des langues au grand complet, syntaxe comprise, en suivant des règles de logique sémantiques pour leur donner une plus grande crédibilité. Des exemples? Le Klingon de Star Trek, ou l’elfique de Tolkiens. Je ne connais pas d’exemples aussi complexes en littérature jeunesse, mais nous avons des inventeurs de mots extraordinaires! Si les anglophones ont Dr. Seuss, nous avons le non moins formidable Claude Ponti.

Ce qui fait la force des mots de ces deux piliers de l’album illustré, c’est qu’ils sont présents dans le texte comme si ça allait de soi! Pas de traduction, de guillemets ou d’italique pour bien indiquer aux lecteurs qu’ils ne les trouveront pas dans le dictionnaire! Il faut dire que les jeunes sont habitués à rencontrer des mots qu’ils ne connaissent pas et à en déduire le sens selon le contexte. Et c’est là que le choix du mot inventé est important.

Une des techniques de Ponti est de joindre deux mots ensemble pour en créer un. Il en résulte une impression de familiarité qui peut laisser croire que le mot existe, et qui permet d’en comprendre instinctivement le sens.

Par exemple :

« Le dimanche soir, ils s’empigoinfrent comme des Romains » (Mille secrets de poussins)

Ou encore :

« Jules aime faire le glaçon dans un verre de pétillonade. » (L’île des zertes)

Même ses noms de personnages sont faits d’amalgames de mots existants, desquels un sens certain jaillit. Par exemple, un marteau sur patte qui pique des crises en enfonçant tout le monde au sol s’appelle le Martabaf (Marteau + Baffe). On comprend instinctivement qu’il s’agit d’une brute épaisse!

Il lui arrive également d’en inventer des plus farfelus, et dans ce cas, leur incompréhensibilité ne fait qu’ajouter une touche de mystère  son univers.

Par exemple :

Dans une liste des activités des poussins, il est inscrit que, parfois, ils splitouillent une grande Tatouille.

Je dois avouer que même en regardant attentivement les illustrations, je n’ai jamais compris celle-là! C’est un peu comme le langage schtroumpf. Certains sont créés pour être compris, d’autre pour laisser l’imagination du lecteur remplir les trous!

Bref, inventer des mots donne non seulement une crédibilité à un monde inventé, mais ajoute également une jolie touche de poésie. Je ne m’y suis pas encore risquée, mais ça arrivera, c’est certain!

Une question de contexte

Posted by Annie Bacon | Inspiration,Lectures | Mardi 25 janvier 2011 11:05

Je viens de terminer « Le roi Troll* » de John Hornvolt, une petite merveille américaine publiée en traduction ici par les intouchables. L’histoire en est assez universelle : jeune garçon d’un peuple soumis découvre que leurs chaînes sont fictives et qu’à eux tous, ils sont plus fort que leurs oppresseurs. Bref, c’est Spartacus pour ado!

MAIS! Et le « mais » ici, est énorme, le tout est mis dans un contexte la fois original et savoureux. Le héros en question est un Troll! Les oppresseurs sont des ogres et des goules, et la plus grande menace planant sur eux tous sont les fées, ces êtres diaboliques qui vous transforment en champignons et en tas de fumier!

Grâce au contexte hautement imaginaire, la moindre habitude…

« Il détestait ça. Le maître le réclamait au beau milieu de la journée, au moment où les gens normaux devaient dormir! »

description de personnages…

« C’était une adolescente très mode, avec son gros pif, ses gros os, ses jambes maigres et son visage ingrat ».

ou mention de repas…

« Vulgalia saisit un bout de tentacule bien gras et l’engloutit bruyamment »

deviennent de juteux paragraphes à dévorer!

Chose merveilleuse, le changement de contexte n’empêche nullement l’identification avec le héros. Après tout, la plupart des grands lecteurs de fantastiques se sont déjà un peu senti « trolls opprimés ». On embarque donc complètement dans les souliers de ce Troll adolescent, on ressent ses espoirs de vie meilleure où la nourriture sera abondante, et où le laideron du village voudra enfin sortir avec lui!

Donc, sortons des sentiers battus! Au diable les humanoïdes ennuyants! Portons aux nues des héros-à-tentacules et des héroïnes-à-trois yeux, après tout, en littérature jeunesse, la seule limite est celle de notre propre imagination!

* Petite note, si vous suivez le lien, vous remarquerez qu’il a été classé « livre québécois » chez Renaud-bray. Tssk, tssk!

Le Funeste destin des Beaudelaire, ode à l’écriture hyper-présente.

Posted by Annie Bacon | Inspiration,Lectures | Mercredi 5 janvier 2011 13:47

Durant mon magasinage des fêtes, j’ai mis la main sur le 13e et dernier tome de la série « Le funeste destin des Beaudelaire », traduction de « A series of unfortunate events », écrit par Lemony Snicket.  L’auteur en question n’existe pas plus que Geronimo Stilton, mais a l’avantage d’être le prête-nom d’une seule personne, soit Daniel Handler.

J’avais, lors des grandes années de popularité de la série, lu les trois premiers, qui furent plus tard transformés en film. Sans aucun souci pour le trou de 8 livres, j’ai laissé ma curiosité l’emporter pour savoir comment le tout allait se terminer.

J’en profite pour mentionner que la fin était parfaite : ni trop sucrée, ni trop amère, mais là n’est pas la raison de mon billet. J’ai plutôt envie de parler du style littéraire dans cette série. Un style original, complexe, et qui a dû se voir refusé dans plusieurs maisons d’édition avec l’indication « écriture trop compliquée pour le public cible ».  En guise d’aperçu, voici la première phrase du tome 13 :

« S’il vous est arrivé d’éplucher un oignon, vous avez pu constater que sous la première fine pelure se cache une autre pelure, et sous cette autre fine pelure une autre encore, puis une autre, et une autre, et une autre, si bien qu’avant longtemps vous vous retrouvez avec des dizaines, des centaines de pelures sur la table de la cuisine et des torrents de larmes dans les yeux, au point de regretter d’avoir entrepris d’éplucher cet oignon, pour commencer, et de vous dire que vous auriez mieux fait de le laisser se momifier en paix sur son étagère, mieux fait de poursuivre sans lui le cours de votre vie, quitte à renoncer à tout jamais aux saveurs complexes, envahissantes et douces-amères de cet étrange et âpre légume ».

Des phrases longues, vous pensez? Lemony Snicket se fout éperdument du niveau de langage de son public cible! Il a simplement intégré la complexité dans son style d’écriture. Alors que la tendance est à l’écriture « invisible » pour ne pas nuire au récit, Daniel Handler a créé un narrateur hyper-présent, à l’écriture merveilleusement encombrante!

Côté vocabulaire, il a trouvé la parade parfaite : lorsqu’un mot est trop compliqué, il l’explique, tout simplement.

Par exemple :

« Tout au plus, pouvait-on avancer que c’était plutôt gros, plutôt parallélépipédique – mot redoutable à prononcer signifiant ici : « en forme d’énorme boîte à biscuits » ». (p.100)

Il en vient même à jouer lui-même avec ses propres conventions en donnant des définitions absolument erronée et fictive, mais ayant du sens dans le contexte de l’histoire, comme ci-dessous :

« Mais même cette petite fille frondeuse – et ici, frondeur signifie « aimant les pommes » – ne savoura jamais bouché… » (p.243)

Le tout qui en résulte est un style si personnel que je suis certaine de pouvoir identifier un paragraphe écrit par Lemony Snicket entre mille. J’aimerais un jour qu’on puisse dire la même chose de moi. Et tant pis si ça nuit au récit.

Résolution 2011

Posted by Annie Bacon | Inspiration | Lundi 3 janvier 2011 06:26

Faire une résolution en billet sur un blogue est une chose sérieuse. Je serais incapable de vous dire quelles ont été mes résolutions des dernières années, ma mémoire d’une faillibilité légendaire ayant, depuis belle lurette, éjecté l’information pour faire place à des projets plus farfelus. Mais puisque, cette année, j’inscris la résolution en question dans un billet, il n’y aura plus d’excuses possibles. Comme dit le vieux dicton : les paroles s’envolent, mais les blogues restent indexés pour l’éternité. Je m’engage donc, publiquement, à la chose suivante :

Lire plus de romans

C’est simple, mais c’est tout. Ce que ça signifie, plus concrètement : lire des livres plutôt que des magazines lorsque je dine seul, fermer la télé plus tôt le soir pour garder plus de temps pour lire au lit, prendre des romans plutôt que des bandes dessinées lorsque je vais à la bibliothèque, limiter ma boite de comic books à la librairie Millénium aux titres dont je ne peux me passer (Fable, Unwritten), et ne pas tomber aussi facilement dans les jeux vidéos lorsque j’ai une heure de libre pendant que la maisonnée dort la fin de semaine.

Mes plans de lecture couvrent autant des livres pour adulte (Rain Wild Chronicles de Robin Hobb) que des séries jeunesse (Grande quête de Jacob Jobin de Dominique Demers), du moderne (Hunger Games de Susan Collins) que du classique (Le vent dans les Saules de Kenneth Grahame). Je sais qu’il n’est pas nécessaire de lire pour écrire, mais ça ne peut certainement pas nuire. Faute d’avoir fait des études dans ce domaine, j’ai envie de soigner un peu ma culture littéraire.

Pour vous permettre de suivre le tout, je vais même (tenter d’) ajouter un « Widget Wordpress » me permettant d’afficher en permanence l’œuvre que je suis en train de lire. Il devrait apparaître dans les prochains jours (dès que je mets la main dessus!)

MISE À JOUR: C’est fait! La colonne de gauche a été modifiée, vous y trouverez désormais mes lectures courantes!

Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2011, que vos projets se réalisent, que la vie vous soit douce, et que les mots, lus comme écrits, vous viennent facilement.

Ces petites phrases qui en disent long.

Posted by Annie Bacon | Inspiration | Mercredi 24 novembre 2010 12:39

Je l’ai souvent avoué, je lis très peu en français, préférant plutôt les grands auteurs anglophones de Fantasy. Par contre, je me rattrape en écoutant presque exclusivement de la musique francophone. Rétro comme nouvelle, je suis une grande admiratrice de chanson française, les immortelles comme les feux de paille. Si les romanciers avons le loisir de s’épancher en nombreuses pages pour décrire nos idées, les auteurs de chansons doivent s’assurer que chaque phrase compte. Lorsqu’ils réussissent, ils ont toute mon admiration.

Avec mon marathon d’animation scolaire et de salon du livre, mon lecteur MP3 s’est fait aller plus que d’habitude, et j’ai eu envie de partager avec vous quelques perles rencontrées au hasard de l’écoute.

« Crier je t’aime à la mariée, en gardant sa poignée de riz »

(Éric Toulis, la femme des autres)

Petite phrase toute simple, mais qui fait naître en moi à chaque fois une image très détaillée de cet amoureux qui exprime enfin ses sentiments maintenant qu’il est trop tard. C’est la pognée de riz qui fait la finesse de l’image. Alors que tout le monde est en liesse, il est immobile, sur le côté. Seul point fixe d’une foule en délire.

« À la barbe des voisins
Qui le trouve sympathique,
Monsieur est un assassin,
Je suis son domestique »

(Thomas Fersen, Monsieur)

J’adore lorsqu’une chanson raconte une histoire, et avec Thomas Fersen, je suis gâtée! Dans ces deux petits vers se trouve toute l’installation d’un récit! On connait le point de vue (celui du domestique), l’intrigue (monsieur est un assassin) et même le contexte (à la barbe des voisins). On attend l’événement perturbateur avec impatience.

« Toi et moi révisons l’ordinaire
En triplex à Montmartre avec vue sur la mer »

(Aldebert, des chatons dans des paniers)

De celle-ci, c’est l’impossibilité de la chose qui en fait sa beauté! Lorsqu’on nous demande de décrire un idéal, pourquoi se limiter au possible! Comme lorsque Tina Fey décrit sa soirée idéale en disant : « coffee / playground / nap / exercise / flea market / playground / bath time / diner with grownups / see a great movie / aslep by 9pm »

Que sont les héros adultes devenus?

Posted by Annie Bacon | Inspiration | Mercredi 28 juillet 2010 07:09

Je suis en pleine réflexion de conception pour de nouvelles séries, et réalise soudainement que toutes mes idées impliquent des enfants comme héros… comme la plupart des romans jeunesse. Normal, diront certains : les enfants aiment s’identifier aux héros des histoires, alors on leur en donne à leur image. C’est ainsi que les héros de nos enfants sont des Harry Potter, Amos d’Aragon, Aurélie Laflamme, etc.

Pour tant, il est bien plus compliqué de mettre en scène des enfants, surtout lorsqu’il s’agit de romans d’aventures. Passeport, argent, transport, etc. sont tous bien plus compliqués à gérer lorsque les protagonistes sont mineurs. Déjà, à la base, il faut habituellement se débarrasser des parents, sinon le sentiment de danger est amoindri. Il n’y a rien de plus fatigant qu’un enfant toujours en train de sauver la peau des adultes qui devraient, logiquement, être en charge. Tous les fans de Star Trek : Next Generation sauront de quoi je parle! C’est ainsi qu’on trouve une effarante proportion d’orphelins en littérature.

Dans les autres médiums (Bande dessinée, film et télévision), il y a bien les superhéros qui viennent rétablir une certaine balance en offrant des modèles ayant laissé l’adolescence loin derrière, mais ce genre est, de manière surprenante, plutôt absent des rayons « romans » de la librairie.

Et la tendance ne s’arrête pas aux romans jeunesse! Dans un article récent, Entertainment Weekly  présumait que si les œuvres « To kill a Mockingbird » et « The Catcher in the Rye » étaient publiées aujourd’hui, ils le seraient dans la section jeunesse, rayon « jeunes adultes » juste à côté de Twilight. Pourquoi? À cause de l’âge de leurs protagonistes!

Moi qui ai été jadis fascinée par Yoko Tsuno (et amourachée d’Albator), il y a de quoi se poser des questions. Certains spécialistes (je ne retrouve plus la source, je ferais une terrible journaliste!) pensent d’ailleurs que cette absence de modèles plus vieux entraverait le développement des enfants en leur enlevant cette envie de grandir. Pourquoi s’en donner la peine alors que, selon la culture qu’ils consomment, les enfants sont toujours les plus forts!

C’est donc une piste de réflexion pour ma création de nouvelle série. Est-il temps de réhabiliter le héros adulte à la Bob Morane, Zorro, Daniel Boone et compagnie?

Et surtout… est-ce que j’ai vraiment envie de le faire, moi?

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