C’est une euphonie! m’exclamé-je.

Dans une lecture récente, j’ai fait la rencontre d’une forme nouvelle. Lors d’un dialogue en première personne du singulier, au présent, l’auteur utilise des verbes en terminaison en “é”.

Crié-je

M’exclamé-je

Fulminé-je.

À la première rencontre, j’ai cru à une erreur. À la cinquième, j’ai bien dû accepter qu’aucun réviseur n’est assez mauvais pour en laisser passer autant, et j’ai demandé à quelques amis plus fort que moi en grammaire de m’éclairer.

Ce n’est pas une faute, c’est une euphonie, m’ont-ils expliqués, soit l’ajout de son ou de lettres pour que la juxtaposition de deux mots fonctionne mieux à l’oreille. Un exemple hyper courant: l’ajout du “t” dans “m’aime-t-il?”.

C’est une manière d’utiliser, au présent, la forme de dialogue utilisée dans la littérature au passé simple. D’autres auteurs m’ont avoué préférer la forme avec “que”.

            — Dialogue! que je lui crie.

J’ai écrit quatre de mes cinq derniers romans à la première personne du présent, et il ne m’est jamais venu l’idée d’utiliser l’une ou l’autre de ces formes.

Curieuse, je suis allé voir le manuscrit du Soutermonde, pour voir comment je gère les dialogues du narrateur.

J’ai deux tendances :

Soit je contextualise.

ScreenHunter_05 Sep. 16 08.21

Soit j’annonce à l’avance et utilise les deux points.

ScreenHunter_02 Sep. 16 08.17

Par contre, j’utilise volontiers la forme classique lorsqu’il s’agit de tiers personnages.

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Je ne crois pas qu’il y ait une forme meilleure que l’autre. Je réalise, par contre, que c’est à travers ces milliers de petits choix linguistiques qu’un auteur se crée un style personnel.

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3 réflexions au sujet de « C’est une euphonie! m’exclamé-je. »

  1. La nouvelle orthographe suggère d’utiliser plutôt l’accent grave pour les verbes se terminant en e suivis du pronom je

    Criè-je
    M’exclamè-je
    Fulminè-je.

    un jour, tu auras peut-être une nouvelle surprise…

  2. @Caroline: À bien y penser, que préfère ça à l’accent aigüe! Au moins, ça n’a plus l’air d’un participe qui se serait égaré en chemin!

  3. Je dois dire que lorsque j’écris à la première personne (ce qui est très très rare), soit je contextualise, soit je prends le parti de ne jamais annoncer les répliques du personnage principal (genre si c’est pas spécifié qui le dit, c’est « je »).

    Parce que les formes avec le que ou avec l’euphonie ne me dérangent pas à la lecture, mais je n’aime pas les écrire. Comme tu dis : ces petits choix font partie de notre style.

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