Réinventer les collections

Le Salon du livre est également le temps de réfléchir sur mon industrie, au fil des découvertes et des conversations. Mon illumination cette année s’est fait sur ce que les éditeurs appellent les « collections ».

Commençons par les définir : une collection est une bannière sous laquelle un éditeur regroupe différents manuscrits d’auteurs différents. Contrairement à des séries, les collections présentes des univers différents. La plupart des éditeurs de longue date (Soulière, Tisseyre, Boréal, Bayard, etc.) ont de telles collections qui classent leurs livres par groupe d’âge.

Mon impression (qui est peut-être fausse, mes amis libraires me le diront!) est que ces collections fonctionnent toujours en milieu scolaire, mais sont sur le déclin auprès du grand public. Ces livres disparates se perdent dans l’immensité de la production jeunesse québécoise.

Collection Zèbre chez Bayard Canada
Collection Zèbre chez Bayard Canada

Il est temps de repenser la collection! Je me suis donc penchée sur trois d’entre elles qui remportent un certain succès, soit Tabou (de Mortagne), Zèbre (Bayard Canada) et Noir (Courte Échelle), afin de tenter d’identifier les critères nécessaires pour qu’une collection se démarque aujourd’hui.

#1 : Un look graphique unifié
Dans les trois cas, on peut reconnaître un livre de la collection d’un coup d’œil. Plutôt que de se contenter d’un petit logo, ou d’un indice sur la tranche, ils ont fait des choix de couleur et de style et l’ont appliqué à l’ensemble des couvertures. Il faut dire que les jeunes qui se cherchent un livre ne regardent que rarement le nom de l’auteur. Ils vont plutôt vers quelque chose qui ressemble au dernier livre qu’ils ont aimé! En terme marketing, ça répond au principe que, devant une trop grande sélection, le consommateur se replie vers ce qu’il connait. Le look graphique unifié est donc la meilleure manière d’encourager le lecteur à lire plusieurs livres d’une même collection. Le fidéliser, en somme.

Collection Noire chez Courte Échelle
Collection Noire chez Courte Échelle

#2 : Un genre niche
Encore ici, c’est un principe de marketing pour se démarquer dans un trop vaste bassin de choix. Si tu ne peux être les grands best-sellers, tu peux te tailler une place en devenant LA référence dans un genre plus précis. C’est le cas de la collection Tabou dont chaque livre est du type « témoignage de problème social choc », et de la collection Noire, qui offre des livres d’épouvante. Il ne faut pas tomber dans le piège de copier ces genres en pensant reproduire leur succès! Ces niches sont prises, mais plusieurs autres restent inoccupées! Juste comme ça, je liste la science-fiction, le surnaturelle, l’historique, l’imaginaire, l’humour, la romance, l’aventure, et le polar. Parlant de ce dernier, le succès du recueil Mystère à l’école chez Druide a justement prouvé la soif du marché pour ce genre… une occasion à saisir?

Collection Tabou chez De Mortagne
Collection Tabou chez De Mortagne

#3 : Un bon départ!
Les premiers livres de la série donneront le ton. S’ils sont ordinaires, les lecteurs bouderont le reste de la série. Le problème, c’est qu’en ne cherchant des livres dans un style spécifique, on réduit de beaucoup le nombre de manuscrits parmi lesquels faire son choix. Je crois que la meilleure manière de débuter une collection pour un éditeur est de demander d’avance des titres à des auteurs dont ils apprécient la plume, quitte à leur offrir des conditions de contrat plus alléchantes pour les attirer. Quelques gros noms au lancement donneront de meilleures chances à la collection de faire parler d’elle. Si les jeunes lecteurs se soucient peu du nom de l’auteur, ce n’est pas le cas des passeurs de livres et des médias! Une fois une certaine notoriété établie, les manuscrits et les lecteurs suivront le mouvement, tout simplement.

Alors, voilà, le fruit de ma réflexion de Salon! Qu’en pensez-vous?

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4 réflexions au sujet de « Réinventer les collections »

  1. Très intéressant cette réflexion ! J’ajouterais la Collection Raconte-moi, aussi très populaire, auprès des profs, du moins !

  2. Intéressante réflexion. Par contre, pour avoir connu une mauvaise aventure avec un manuscrit commandé pour une collection qui n’a jamais vu le jour, pour les auteurs, ça peut représenter un risque (à moins de se négocier un paiement pendant l’écriture… ça doit exister quelque part, je suppose! lol!)

  3. Pas encore, mais c’est de ma faute : je dois le retravailler pour qu’il cadre ailleurs et je suis trop débordée par les « toutes autres tâches connexes »! :p

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