Trop bien écrire pour les enfants?


pris sur openclipartLorsqu’on propose des textes à des éditeurs, on s’habitue rapidement au refus. Il en vient de toutes sortes : des génériques, des gentils, des constructifs, des verts, et des pas murs. Parfois, on en retire quelques conseils important qui viennent améliorer notre écriture. Hors, pour la deuxième fois de ma jeune carrière, je me suis vue refusée un manuscrit par une maison d’édition avec, comme raison à la clé, un niveau de langage trop élevé. « C’est trop bien écrit » m’avait dit « verbatim » le premier des deux éditeurs à m’avoir fait un commentaire dans cette direction.

Je comprends que, pour les premiers lecteurs (6-7 ans), il est important de faire des phrases simples et d’utiliser des mots qu’ils connaissent. Après tout, ils n’en sont qu’à leurs premières armes en lecture et en compréhension de texte. Mais voilà, le premier texte était un roman pour les 9-11, âge suffisant pour comprendre un mot nouveau lorsque placé en contexte, voire même suffisant pour ouvrir un dictionnaire au besoin (ou pour « googler » le mot, soyons modernes!). Le plus récent est un conte de Noël pour les 4-6 ans, donc destiné à être lu à haute voix par un adulte qui pourra servir de filtre, de guide et de dictionnaire au besoin. Dans les deux cas, une directrice littéraire a défendu mon manuscrit bec et ongles, mais la décision finale revient toujours à l’éditeur.

On m’a dit que Dany Laferrière décriait récemment cette tendance à sur-simplifier le langage dans la littérature jeunesse dans un article du Châtelaine que j’ai été incapable de retrouver. Loin de moi l’idée de décrier quoi que ce soit, mais n’empêche que, lorsqu’on me dit que j’écris trop bien, je reste perplexe…

Le premier texte a été accepté il y a trois ans par les Éditions du Phoenix et est devenu « Les Naufragés de Chélon », livre qui se porte très bien, merci! L’éditrice, Liliane Lord a même plutôt tendance à m’avertir si le niveau de langue ose baisser d’un iota, ce qui est tout à son honneur! Le deuxième se cherchera un éditeur dans les prochaines semaines, dès que mes contrats me laissent le temps de préparer de grandes enveloppes oranges. Avec un peu de chance, il tombera entre les bonnes mains!

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6 réflexions au sujet de « Trop bien écrire pour les enfants? »

  1. @Mathieu: Par une drôle de coïncidence, j’ai justement échangé quelques courriels avec l’éditeur de Trampoline à la suite de ce billet! Comme quoi c’était une excellente suggestion!

  2. Je trouve cela fort dommage. Lorsque j’étais en première secondaire, mon enseignant nous faisait lire 20 minutes en début de cours (je me rappelle avoir lu Carmen en fugue mineure et Le Robinson du métro, d’excellents romans pour cette tranche d’âge !). Il nous invitait à inscrire sur papier les mots que nous ne savions pas. Plutôt que de nous demander de les chercher dans le dictionnaire, il faisait avec nous un retour par la suite, et nous donnait les définitions des mots que nous avions notés. Lorsqu’un bon nombre de mots avaient été mis en banque, il fallait les étudier et nous avions un petit quiz où il nous demandait les définitions de ces mots. J’ai appris plusieurs mots que j’utilise maintenant lorsque j’écris (je me rappelle de « corroborer », « tergiverser » et « candélabre »). Un vocabulaire un peu plus recherché m’a permis d’apprendre des mots dont je me souviens encore 10 ans plus tard !

  3. @sarah-Jeanne: Je suis bien d’accord, c’est une merveilleuse manière d’apprendre de nouveaux mots! Personnellement, c’est comme ça que j’ai appris l’anglais: en lisant des livres dans lesquels je ne comprenais pas tout, et en déduisant le sens selon la phrase, ou encore en les cherchant dans le dictionnaire.

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