Cher éditeur, valide moi!

Posted by Annie Bacon | Le métier, Réflexions | Lundi 1 mars 2010 07:51

Récemment, Maxime DeBleu et Nancy Pilon discutaient sur Twitter de cette crainte, partagée par plusieurs écrivains, qu’un de leur manuscrit n’ait pas la qualité désirée.

Ma participation, en 140 caractères, ressemblait à ça : http://twitter.com/Annie_Bacon/status/9640758883 mais j’ai eu envie d’élaborer un peu.

Voilà : pour le premier manuscrit, le seul fait qu’un éditeur qui n’a jamais entendu parler de toi et qui n’est définitivement pas ton ami décide de le publier est preuve suffisante de la qualité du manuscrit. Ces gens en reçoivent des centaines par année et n’acceptent que très peu de nouveaux auteurs. La validation est complète (et très satisfaisante pour l’égo)!

Or, ce n’est plus le cas du deuxième manuscrit, surtout s’il s’agit d’une série! La question s’insinue : « et si mon éditeur (trice, dans mon cas) avait accepté de publier le Tome 2 uniquement parce que le Tome 1 se vend bien ». Un éditeur mercantile, ça s’est déjà vu! Ce doute est invariablement suivi par l’angoisse : « et si le tome 2 était mauvais! »  Reste quoi? Les critiques? Les chiffres de vente? Ces deux choses ne remplaceront jamais la validation de l’éditeur, Grand Autre par excellence de l’industrie.

Les trois pires règles d’écritures

Posted by Annie Bacon | Le métier, Réflexions | Mercredi 24 février 2010 21:29

Aujourd’hui, Mathieu Fortin, du blogue les archives du sanatorium, a partagé sur Twitter un fort intéressant article du Guardian intitulé « The ten rules for writing fiction »  dans lequel plusieurs auteurs connus dévoilent leurs dix règles d’écritures. À partir d’un tel article, je pourrais avoir eu envie de partager les perles (il n’y en a plusieurs), ou encore d’écrire mes propres dix règles. Ces deux choses viendront peut-être… pour l’instant, je préfère vous présenter les quelques règles auxquelles je m’oppose avec véhémence!

Elmore Leonard

Rule #3 : Never use a verb other than “said” to carry dialogue.

En fait, je suis tellement en désaccord, que, dans mes animations scolaires, je fais un segment complet sur l’incapacité du verbe “dire” à exprimer quelque chose d’intéressant! Imaginez la scène : un personnage perd pied au sommet d’une falaise et se rattrape in extremis à une racine.

- À l’aide, dit-il.

Et bien non! Il ne « dit » pas! Il crie, il hurle, il vocifère, il supplie, il s’époumone, il pleure, mais il ne « dit » certainement pas!

Richard Ford

Rule #2 Don’t have children.

Je comprends son point : les enfants prennent un temps fou, temps qui ne peut être utilisé pour écrire! Mais voilà, j’ai personnellement écrit mes deux premiers romans lors de congés de maternité. Sans enfants, je n’aurais possiblement jamais écrit de livre. D’ailleurs, une autre auteure, Helen Dunmore, cite le contraire comme règle numéro 8 : « If you fear that taking care of your children and household will damage your writing, think of JG Ballard.”

PD James

Rule #1: Increase your word power. (…) We who write in English are fortunate to have the richest and most versatile language in the world. Respect it.

Non, mais, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre! J’aimerais bien savoir combien de langues le PD James en question parle pour pouvoir affirmer une telle énormité! L’anglais, langue la plus efficace? Oui! La plus rependue? Peut-être. Mais la plus riche et versatile! J’en serais bien surprise!

Je joue à l’avocat du diable, mais en fait, l’article au complet est bien inspirant! J’ai possiblement décidé de lister les mauvaises règles parce qu’elles étaient beaucoup moins nombreuses que les meilleures!!! Paresse, quand tu nous tiens!

Je vous invite fortement à aller y faire un tour!

Le véritable métier des auteurs jeunesse

Posted by Annie Bacon | Le métier | Mercredi 17 février 2010 09:45

Femme, multitasking, libre de droits

Au dernier Salon, après avoir reçu une dédicace, une mère m’a montré en exemple à sa fille en lui disant : « Tu vois, c’est possible de vivre de l’écriture ».  J’ai réussi à ne pas recracher ma gorgée de café, mais je n’ai pas eu le temps de lui répondre qu’elles étaient déjà parties. Car voilà : si c’est possible (et ce l’est), ce n’est pas mon cas pour le moment, et ce n’est pas le cas de la grande majorité des auteurs!

La plupart des auteurs jeunesse ont un deuxième métier qui leur permet de mettre du beurre sur le pain : professeur, correctrice, rédactrice, journaliste, scénariste, quand ce n’est pas un métier complètement autre; eh oui, votre comptable écrit peut-être des romans jeunesse en cachette… googlez-le juste pour voir!

Le jonglage entre les deux se fait de manière différente, et en proportion différente, selon chacun! Le soir et les week-ends pour les plus vaillants, entre les contrats pour les pigistes, à temps partiel pour les chanceux!

Moi dans tout ça? Je suis scénariste en jeux vidéos! J’ai de la chance : c’est un métier créatif, que j’aime beaucoup! Ainsi, cette semaine, entre un salon du livre, deux animations scolaires et un lancement, j’ai également une échéance et une rencontre avec un nouveau client potentiel… et je trouve tout de même le temps de vous écrire ce mot!

Bilan du Salon!

Posted by Annie Bacon | Le métier | Lundi 15 février 2010 11:00

Si les deux journées de semaine ont été terriblement décourageantes, au  point de les trouver inutiles, les deux journées du week-end ont largement compensé! Les spectacles ayant fait salle comble, le trafic ne manquait pas, et nous avons rarement eu plus d’une dizaine de minutes de répits entre les différentes vagues. Au bilan, presque qu’une centaine de livres de vendus (et signés), alors qu’on parlait plutôt d’une vingtaine après les trois jours de visites scolaires.

Les rencontres

J’ai pu revoir pour la première fois depuis plusieurs années, Nadine Descheneaux, auteure de la série du Divan Rose, (z)impartaite à ses heures, et ancienne collègue de chez PetitMonde. J’ai également pu discuter en personne (et avec grand plaisir) pour la première fois Élise Bouthillier, avec laquelle j’échange depuis quelques mois sur Twitter. Mes deux journées de semaine se sont fait en compagnie d’Isabelle Larouche, avec qui je passerais des heures à jaser plutôt que de vendre de livres, et, évidemment, de Viateur Lefrançois et de Liliane, toujours fidèles au poste pour les Éditions du Phoenix!

Mais surtout, une rencontre avec des centaines d’enfants dont les yeux s’allument à la vue de tant de livres! Des enfants qui écoutent, partent, reviennent, supplient leurs parents, et repartent, tout contents, avec un livre autographié! Serai-je présente au salon l’année prochaine? Certainement! Ferais-je tous les jours de tous les Salons de la province? Certainement pas! Après tout, mon métier est avant tout d’écrire, le reste de la promotion de terrain sera une question de choix… et de dosage!

Les visites scolaires dans les salons : culture ou perte de temps?

Posted by Annie Bacon | Le métier, Réflexions | Vendredi 12 février 2010 14:21

Après la publication de mon dernier billet, pensés après cette première journée de salon, une grande discussion s’est engagée sur Facebook entre de mes amis auteurs et de mes amis professeurs au sujet de l’interdiction d’acheter des livres au Salon que certaines écoles en visite imposent à leurs élèves. Évidemment, cette décision ne plaît pas aux auteurs qui prennent une journée à leur frais pour faire de la promotion et n’ont pas envie de la passer à poireauter devant des piles de livres invendus.

Les raisons des professeurs sont nombreuses : argent perdu, emphase des inégalités sociales, mauvais choix de livre, enfants pris dans une file pour payer alors que l’autobus s’en va, etc. Je comprends parfaitement les raisons des enseignants : la gestion de l’argent est une chose compliquée à apprendre aux enfants, possiblement une qui devrait être du ressort des parents plutôt que de celui des professeurs.

N’empêche que le résultat est que les enfants ne font qu’errer sans but pendant une heure entre les allés de livres en collectionnant les signets devant des auteurs qui, eux, se disent qu’on ne les y prendra plus. Donc, si cette tendance se maintient, les auteurs bouderont de plus en plus l’événement, du moins durant la semaine, et, avouons-le, tant qu’à amener les élèves dans un salon sans auteurs, les écoles sont aussi bien de les amener au Renaud-Bray!

Mon conseil au Salon du livre jeunesse de Longueuil:

Utilisez plutôt les jours de semaine pour organiser une journée pour les professionnels (conseillers pédagogiques, bibliothécaires, etc.) remplie de conférences et d’animations. Si vous réussissez à en attirer un bon nombre, les éditeurs se battront pour un espace-kiosque.

Mon conseil aux parents :

Allez au Salon du Livre Jeunesse avec vos enfants, donnez-leur 20$ et « lâchez-les lousses »! Le salon est trop petit pour être dangereux, et ce sera pour eux soit une belle occasion d’apprendre, soit une belle occasion de vous surprendre.

Mes conseils aux écoles qui imposent cette interdiction d’achat :

- Si vous désirez que vos élèves aient un contact avec des auteurs, invitez-en plutôt un dans votre classe, que ce soit pour une animation comme la mienne, avec la Caravane de la fête du livre où avec le programme La culture à l’école.

- Si vous désirez leur offrir un moment privilégié entouré de livres, amenez-les à la bibliothèque où ils pourront les ouvrir et s’y plonger.

- Si vous désirez tout de même les amener au Salon, imposez-leur au moins un devoir qui les obligera à regarder les livres, par exemple d’en noter trois qui serviront de suggestions pour la bibliothèque de l’école.

Finalement, il existe aussi une solution qui les englobe toutes : certaines librairies (Boyer sur la Rive-Sud, et BuroPlus à Saint-Jean, entre autres) font des salons privés dans les gymnases des écoles. On jumèle le tout avec une présence d’auteur dans les classes, et les achats s’effectuent avec les parents lorsqu’ils viennent chercher leurs rejetons après 3 h! Tout le monde y gagne!

Salon du livre Jeunesse de Longueuil et questionnement professionnel!

Posted by Annie Bacon | Le métier | Mardi 9 février 2010 14:02

Je serai en séance de dédicaces au kiosque des Éditions du Phoenix (12) pour la presque totalité du Salon du Livre Jeunesse de Longueuil. En fait, il n’y a que le vendredi où je devrai m’absenter pour cause de contrat; il faut bien vivre!

Bien qu’il me soit arrivé souvent de faire des jeudis-vendredis intensifs, ce sera la première fois que je fais également la fin de semaine.  J’y vais avec en poche une grande question : est-ce que ça en vaut la peine?

Pour se ressourcer? Sans contredit! Pour rencontrer et discuter avec des lecteurs? Absolument! Pour créer des liens avec d’autres auteurs et éditeurs? Encore plus! Financièrement?… C’est là où le bât blesse!

Je donne en exemple mon premier Salon, soit celui de Sherbrooke en 2007. J’y ai passé les deux premières journées au cours desquelles j’ai vendu près d’une trentaine de livres, un assez bon chiffre, me suis-je fait dire. Or, À 10 % de droits d’auteurs sur des livres à 8,95 $, ça ne paie même pas l’essence utilisée pour me rendre en Estrie! Sans compter que, durant ces deux jours, je n’ai ni écrit, ni fait de contrats.  Bon, évidemment, les ventes ne sont qu’une partie de l’équation! J’ai également parlé à des centaines de lecteurs potentiels qui ont peut-être retenu mon nom et distribué d’innombrables signets (tel que si bien illustré ici par Stéphane Dompierre et Pascal Girard).

Je ne remets pas en question ma présence dans les salons, j’aime trop les trois premières raisons mentionnées pour m’en faire avec la quatrième! N’empêche que la question se pose : à quel point cette publicité de terrain aide-t-elle la carrière d’un auteur jeunesse?

En caravane, allons à… Brossard!

Posted by Annie Bacon | Le métier | Mercredi 3 février 2010 16:59

J’ai passé la matinée dans une école de Brossard pour rencontrer des jeunes et leur parler d’écriture dans le cadre de la Caravane de la Fête du Livre de Longueuil. Pratique courante chez les auteurs jeunesse, ces rencontres permettent aux élèves d’en savoir un peu plus sur le métier, et aux auteurs de prendre un « bain de lecteur » en échangeant avec des enfants.

Mon animation officielle est mouvante, j’y enlève ou ajoute des morceaux selon mon humeur et le temps alloué. Une de mes parties préférées : je crée un personnage à l’aide de qualités et de défauts proposés par les élèves, et j’improvise une histoire qui utilise ces caractéristiques. Aujourd’hui, on a eu droit à…

  • - Un joueur de soccer méchant qui blesse un coéquipier et se rachète en allégeant l’humeur des autres juste avant le grand match.
  •  
  • - Une ballerine maladroite qui s’étale sur la scène lors de l’audition, mais réussit à voler la vedette lors du spectacle en racontant des blagues.
  •  
  • - Une amatrice de jeux vidéo qui entre dans le jeu et doit aider les personnages à expulser un virus pour entrer chez elle.

Le fait d’inventer une histoire au fur et à mesure peut sembler impressionnant, mais est en fait largement facilité par la présence du personnage préfabriqué! À chaque péripetie, je reviens au personnage et laisse une de ses charactéristiques me dicter la suite!  Comme quoi les limites imposées servent l’imagination plutôt que de lui nuire!

L'angoisse de la dernière relecture

Posted by Annie Bacon | Le métier | Dimanche 10 janvier 2010 13:36

La dernière relecture avant l’impression d’un roman est un moment que j’anticipe avec un mélange de hâte et d’angoisse. Le premier parce que c’est un aboutissement : le livre est enfin terminé! Le second parce qu’une question me hante toujours à ce moment : et s’il n’était pas bon?

À la dernière relecture, il est trop tard pour tout changer! L’imprimeur attend les maquettes, et, comme auteur, on ne peut que changer quelques mots, peaufiner le tout une dernière fois avant de lâcher prise. À date, il ne m’est jamais arrivé de trouver le tout mauvais, mais, parfois, mon écriture a eut le temps d’évoluer depuis la rédaction originale, et certaines phrases me font grimacer. Maladroites, embourbées, des phrases que je n’écrirais plus de la même manière.

Un gros soupir et on laisse aller! Je ne crois pas atteindre la perfection dans la trentaine! Vole jusqu’aux tablettes petit livre! Tu es imparfait, mais je suis fière de toi quand même!