Ce que je fais toujours en retard (et non, ce ne sont pas mes impots!)

La semaine dernière, mon éditrice m’a envoyé les derniers commentaires sur le troisième tome de Pétronille inc. Parmi eux, elle me demandait le prix d’un nouvel ingrédient à vendre dans le kiosque de ma petite sorcière.

Ce n’était pas la première fois! Comme Pétronille est une entrepreneure, je parle souvent du coût des choses, calculé en ducats, la monnaie du pays des sorcières. Chaque fois que je mets un nouveau prix, je recule dans les manuscrits précédents pour obtenir un comparatif qui m’aidera à le fixer.

Mais rendu au troisième tome, le recul devient de plus en plus long chaque fois, et la possibilité d’incohérences augmente en flèche!

J’Ai donc mis ma paresse en berne pour répertorier chaque occurrence de prix dans un seul et même document, que j’ai appelé le cours du ducat! Ça ressemble à ça :

Les bons auteurs consciencieux font ce genre de mise en place en amont. Ils bâtissent les règles de leurs mondes jusqu’à ce que celui-ci soit complet, solide, avant même d’écrire la première ligne de leur histoire.

Je ne suis malheureusement pas une autrice consciencieuse! J’invente mes mondes au fur et à mesure des besoins de mon histoire. Pour Victor Cordi, il m’a fallu le troisième livre avant même de décider quel était le système monétaire!!

C’est risqué! On a parfois des regrets (le mien, actuellement, est d’avoir appelé le monde des sorcières « le Pays Merveilleux », il me semble que j’aurais pu trouver mieux!), mais il n’est jamais trop tard pour prendre un peu de recul, et ramasser les morceaux éparpillés avant de faire une bêtise.

Comme j’ai fait avec le cours du ducat…

Comme je DEVRAIS faire beaucoup plus souvent!

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Pourquoi pas faire la lecture aux plus grands?

Comme la plupart des parents, j’ai fait la lecture à mes enfants tant qu’ils étaient petits… puis j’ai arrêté.

Il aura fallu une commotion cérébrale pour que je recommence, avec ma plus grande. Elle devait bien avoir 10 ans, et un coup à la tête lui a légué de vilains mots de têtes qui la rendaient incapable de faire quoi que ce soit. Nous étions au chalet de ma belle-mère, loin de ma propre collection de livres, mais j’ai mis la main sur le premier tome d’Harry Potter dans la bibliothèque.

Je lui ai fait la lecture.

Nous avons lu le premier assez rapidement, puis les deux suivants de manière beaucoup plus aléatoire, profitant des soirs où son père était en voyage d’affaires et que les deux plus jeunes étaient couchés. J’ai fermé le troisième tome alors qu’elle avait 12 ans.

Cette année, avec notre exil temporaire en France, ma plus jeune s’est mise à faire de l’anxiété et de l’insomnie. Nous lui avons apporté plusieurs solutions dont je ne ferai pas étalage ici, mais dans la trousse, ce qui a le plus aidé côté sommeil, c’est le retour à la lecture du soir. Voilà un mois que je lui lis Tobie Lolness, à raison de quelques pages par jours.

Elle a huit ans; elle adore ça!

En ces temps de quarantaine, où les heures peuvent être longues, pourquoi ne pas tenter le coup? Pour les plus jeunes, remplacez l’album pour le roman, ça vous changera de lire le même livre vingt fois de suite. Pour les plus vieux, aidez-les à lire quelque chose qu’ils n’oseraient pas lire seuls, découvrez ensemble un nouvel univers, ou faites-lui découvrir le classique qui a marqué votre jeunesse! Parlez-en, faites-en votre jardin secret.

Quoi qu’il arrive, vous en sortirez tous les deux gagnants!

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J’ai failli aller au Salon du livre de Paris

 

Il y a un mois, j’ai reçu mon horaire de signature au Salon du livre de Paris. J’étais invitée par Castelmore, mon éditeur français, transport et hébergement compris. Je dois avouer avoir été émue en voyant mon nom sur le site web de l’événement. Oui, je sais, dans mon milieu, le salon de Montreuil, ou je suis allée à l’automne est plus important… mais c’est plus fort que moi, celui de Paris enflamme mon imaginaire. Disons qu’il est plus « glamour »!

Fast Forward à lundi dernier, un communiqué de presse annonce que le salon en question n’aura pas lieu, afin de respecter les directives gouvernementales pour tenter de freiner la propagation du virus COVID-19.

Déçue? Évidemment. Dévastée? Pas du tout!

Souvent, dans les émissions de télé-crochet, les concurrents disent que c’est « leur unique chance » ou « leur dernière chance ». Je ne crois pas en l’unicité des opportunités. Il y en aura d’autre, croyez-moi! Des identiques, des semblables, des totalement différentes, mais qui mènent à la même place. Des opportunités à la pelle, pour qui travaille fort et sait les attraper au vol.

C’est la même chose pour moi et le Salon du livre de Paris. J’irai, un jour. Invitée par un autre éditeur, par le même, grâce à une subvention que je serai allée chercher, ou même en payant de ma propre poche! Qui sait?

J’irai!

Juste pas cette année, c’est tout!

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Quand un programme gouvernemental sous-paie ses auteurs

Il y a quelques semaines, j’ai pointé du doigt l’aberration de la rémunération des auteurs en France. Regardons maintenant la poutre dans notre proverbial œil avec l’aberration de rémunération des auteurs du Québec! J’ai nommé : les tarifs de Culture à l’École.

Mettons premièrement une chose au clair : le programme Culture à l’école est fantastique! Il permet aux établissements du primaire et du secondaire d’inviter des auteurs et autres artistes dans leurs classes en se faisant rembourser une grande partie des frais par le programme gouvernemental. Les auteurs y trouvent une source de revenu additionnel, les enfants y trouvent le genre d’étincelle qui fait aimer la lecture, et qui déclenche parfois même de futures vocations. C’est merveilleux!

Le problème, c’est que la rémunération des auteurs via ce programme n’a pas changé DEPUIS 20 ANS!!!

Je le répète, en gras cette fois, pour vous permettre de digérer le tout : la rémunération n’a pas changé depuis 20 ans.

Et comme il y a cette petite chose appelée inflation, le pouvoir d’achat associé a fondu comme peau de chagrin!

J’ai fait ce petit graphique comparatif, pour bien montrer à quel point ils sont en dessous des normes de l’industrie.  N’hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux! (NOTE : Le justificatif de mes chiffres se trouve à la fin du billet)

On parle donc, de moins de la moitié des sommes habituellement associées à un tel travail!

Le pire, c’est que ça crée un précédent, une habitude. Lorsque les auteurs font des animations qui ne sont pas issues du programme, la négociation est difficile à justifier, puisque le plus gros programme du genre offre des rémunérations inadéquates.

Bref, non seulement le programme Culture à l’école sous-paie les auteurs, mais il tire tous les tarifs vers le bas!

Annexe: Justificatif des chiffres 

  • Métropolis Bleu et Communication jeunesse : Tiré de mon expérience personnelle avec ces programmes. Ils offrent 250$ par animation, de manière tout à fait cumulative. Trois animations font donc 750$ pour la journée.
  • Culture à l’école : Tiré du programme lui-même!
  • Canadian Society of Children’s Authors, Illustrators and Performers (CANSCAIP): Citation tirée de leur site internet officiel: “CANSCAIP suggests $250 (plus GST/HST) as a minimum for presentations up to an hour (based on Canada Council for the Arts guidelines). Some of our Members will charge more.” Comme dans le cas des deux précédents, on multiplie par trois pour une journée complète. Source : https://www.canscaip.org/School/LibraryVisits
  • Le Centre National : Préconise la tarification de 445 Euros (658$ CAN) pour une journée de trois animations. Source : https://www.centrenationaldulivre.fr/fichier/p_ressource/18941/ressource_fichier_fr_grille.tarifaire.2020.pdf)
  • Society of Children’s Book Writers and Illustrators (É-U) : La société a des chapitres un peu partout dans le monde, mais le chiffre est tiré d’une étude américaine de 2018 auprès de leurs membres. Les tarifs y varient beaucoup selon l’expérience des auteurs, mais l’étude conclue que, pour une journée d’animation : « the average rate was $1,002; the most common day rate was $1,000. ». J’ai simplement transféré le tout en argent CAD. Source: https://www.scbwi.org/536462-2/
  • Society of authors (Angleterre): Dans leur guide pour les auteurs en animations, ils citent une étude de 2013 auprès de leurs membres qui dit ceci : « Average rates were around £400-500 for a day”. J’ai donc pris la moyenne de £450, que j’ai transférée en $ CAD. Source: https://www.societyofauthors.org/SOA/MediaLibrary/SOAWebsite/Guides/A-Guide-for-Authors-Visiting-Schools-and-Libraries.pdf
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Pétronille inc. T2 : Chauves-souris locales

Ça y est! Le deuxième Tome de Pétronille arrivera en librairie au courant de la prochaine semaine (vérifiez auprès de votre libraire pour la date exacte, ça peut varier)!

Je vous en avais dévoilé le résumé et la couverture récemment, je vous offre cette fois-ci quelques-unes des magnifiques illustrations de Boum, avec une citation directement tirée du texte en dessous de chacune!

« C’est à ce moment que Merlande arrive sur un des balais de course qui font sa réputation. Elle passe à toute vitesse au-dessus de ma table et atterrit dans un nuage de poussière devant le kiosque de Gertrude, la marchande de poils. Ses cheveux verts coupés aux épaules sont remplis de brins de paille et ses yeux sont plus cernés de noir que ceux d’un raton laveur.

— Cinquante grammes de poils de chauves-souris, c’est urgent ! »

« Par réflexe, je recule de deux pas en tendant la main vers l’arrière pour ne pas me cogner contre un arbre.

Je sens une corde passer autour de mon poignet, puis se resserrer brusquement au moment où la branche reliée au collet se redresse.

Je suis prise dans mon propre piège, entourée de chauves-souris vampires. »

« Mon balai chute de dix mètres, comme si j’avais frappé un trou d’air.

Saperlitombette ! Il ne reste plus que quelques brindilles à la queue de mon balai. Mon assemblage d’herbes sèches n’a pas tenu !

Plus qu’une centaine de mètres avant le village. Je supplie Hector de tenir le coup quelques minutes encore. »

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Les BD fantastiques et le fantasme masculin

Depuis quelques mois, je fréquente la bibliothèque de manière particulièrement assidue, ce qui me permet de consommer de la bande dessinée de manière boulimique.  J’y fais de fantastiques trouvailles! Il faut dire que les littératures de l’imaginaire sont bien représentées dans ce médium. J’en avais lu énormément, plus jeune, d’abord à la bibliothèque, puis ensuite en collectionnant les reliures des Lanfeust Mag, spécialisé dans les BD de l’imaginaire.

Ce que j’avais oublié, et que je retrouve avec un peu moins de plaisir, c’est l’omniprésence de l’image sexuée du corps de la femme.

Prenons par exemple, Eckho, de Arleston et Barbucci. Le dessin de Barbucci est sublime, tant dans Sky Doll que dans cette série. L’univers inventé est fabuleux, aussi, avec des villes connues (Paris, New York, Barcelone), dans lesquelles des créatures étranges remplacent les transports et technologies. Comme ceci :

Mais chaque album comprend aussi des scènes d’effeuillage, de bain de minuit, et autres excuses pour montrer des femmes à demi vêtues.

Second exemple, je suis tombée en amour avec un nouveau scénariste, Lupano, d’abord pour ses BDs les Vieux Fourneaux, et encore plus pour Le Loup en slip, délicieuse série d’albums jeunesse. J’ai donc sauté de joie en voyant qu’il avait également écrit une série de BD se passant dans un monde merveilleux. L’univers qu’il a créé pour Azimut ne déçoit pas! On y trouve, entre autres, un pays qui a perdu le Nord, et des créatures comme la « belle lurette ». Mais il faut aussi se taper ceci.

On dirait que ça fait partie du genre, qu’il y a une équation qui veut que BD de l’imaginaire = filles nues. À l’époque, j’ai fini par y être blindée. Bombardée par ces images depuis l’adolescence, je ne les voyais plus. Avec l’âge et le recul, elles me font lever les yeux au ciel. Elles ne m’empêchent pas de continuer ma lecture, mais je les reconnais pour ce qu’elles sont : des scènes gratuites et inutiles à l’histoire.

J’ai même une nouvelle hypothèse de leur influence sur mon parcours personnel : et si je m’étais réfugié dans la littérature Jeunesse parce que je peux y explorer des mondes imaginaires sans risque de tomber face à face avec ces fantasmes masculins?

Plus j’y pense, plus ça me semble plausible.

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Les droits d’auteur en France: l’éléphant dans la pièce!

illustration de Karen Arnold prise sur publicdomainpictures.netEntre le rapport Racine et l’affaire Matzneff, il s’en passe, des choses, dans le monde de l’édition en France en ce moment. Aujourd’hui, c’est plutôt du premier dont je voudrais vous parler, mais surtout, je veux partager mon étonnement de « personne extérieure » sur ce qui me semble absent du débat.

Petite mise en contexte, le rapport Racine, intitulé « L’auteur et l’acte de création » est une étude sur les conditions de travail et de vie des auteurs, avec, à la clé, des suggestions pour améliorer leur sort.

Autour de ce rapport, il a été beaucoup question, dans les médias, de surproduction, de régimes de retraite, et de la possibilité de rémunérer les auteurs pour leur temps en salon du livre.

Pourtant, de mon œil extérieur, le vrai nerf de la guerre devrait être le suivant :  le faible pourcentage de droit d’auteur que reçoivent les auteurs français!

Explication chiffrée ci-dessous.

La situation au Québec
J’ai 25 romans jeunesse publiés au Québec. Chacun de ces livres me rapporte 10% du prix de vente suggéré (parfois séparé avec l’illustrateur, selon les cas). Il ne m’est arrivé que deux fois, au Québec, de me voir offrir moins. Dans le premier cas, l’éditeur s’est ravisé, et a depuis changé ses politiques. Dans le deuxième cas, l’éditeur est resté sur sa position, et je suis repartie avec mon manuscrit sous le bras. Je suis chanceuse, j’ai les reins assez solides pour me permettre de dire non.

Bref, au Québec, la norme, c’est 10%.

La situation en France
J’ai signé un seul livre à 8%, c’est celui publié en France. Là-bas, c’est la norme, j’y étais préparée. Voici quelques chiffres pour illustrer la chose, tirés de l’étude « 7e baromètre des relations auteurs /éditeurs » réalisée en l’honneur du Salon du livre de Paris de 2018.  (point 3, rémunération pour ceux qui veulent lire le texte original).

Je vous en donne les grands points :

  • Taux moyen de rémunération des auteurs en France: 7,2%
  • Seuls 24% des auteurs y reçoivent 10% de droits d’auteurs, les autres moins!
  • En jeunesse, le taux peut descendre aussi bas que 6% (qui devient 3% lorsque séparé avec l’illustrateur).

10 % au Québec, même pas tout à fait 8% en France. Pour voir lequel des deux est hors norme, j’ai cherché des chiffres de ce qui se fait dans d’autres pays. Notez que je ne suis pas journaliste, on ne parle pas ici d’enquête de fond, mais voici tout de même ce que j’ai trouvé.

La situation ailleurs :
Aux États-Unis, selon « the business of Publishing » de Alan Jacobson, les auteurs recevraient 10% à la base, avec une clause escalier à partir de 5000 copies vendues.

L’étude de 2010 « les droits d’auteurs en usage en Europe » nous donne* :

Allemagne : 9,56 % en moyenne (p.21)

Espagne : 10% à la base (p.37)

Grande-Bretagne : 10 % pour un auteur moyen, plus pour un auteur installé (p.52)

Ce n’est donc pas la Québec qui exagère avec ses 10%, c’est la France qui est en dessous des normales!

Pourquoi alors ce n’est pas la première chose dont on nous parle lorsqu’il est question, en France, d’améliorer le sort financier des auteurs?

 

*Notez que pour tous les chiffres cités, on parle des éditions principales, et non des éditions de poche, pour lesquels les chiffres sont habituellement moin élevés partout.

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Pétronille inc. T2 : Chauves-souris locales

On a une couverture, on a une date de sortie (26 Février), il est bien temps de vous parler… du deuxième tome de Pétronille inc.!!

Dans le premier tome de ce roman à gros caractères pour les 7 ans et plus, on faisait la connaissance de Pétronille, une sorcinette arrivée en âge de devenir l’apprentie d’une grande, et qui se retrouvait le bec à l’eau. Sans maîtresse pour s’occuper d’elle, et devenue trop grande pour rester à la jardinerie de son enfance, elle doit se débrouiller seule… et s’invente un commerce de cueillette d’ingrédients pour potion de sorcières.

J’ai été la première surprise de tout l’amour que le tome 1 a reçu! Pour mon plus grand plaisir, les lecteurs ont vu en Pétronille un modèle féminin fort : débrouillarde, autonome, persévérante et pleine de ressources!

Pour le tome 2, elle doit assurer la pérennité de son entreprise en démarrage avec la collecte d’un nouvel ingrédient : du poil de chauve-souris! Merlande, la fabricante de balais, en a besoin de toute urgence pour terminer le cadeau que Baba Yolanda, la cheffe du village, veut offrir au roi des Gobelins pour instaurer une paix durable entre les deux peuples. Beaucoup de pression pour une petite sorcière qui a peur du noir et qui peine à faire voler son balai!

Je vous laisse sur la magnifique couverture de Boum, et vous donne rendez-vous dans deux semaines pour découvrir quelques images intérieures, et à la fin février pour la sortie en librairies!

 

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Résolution 2020 : laisser-aller…

La plupart des résolutions de janvier que j’ai prises sur ce site, à date, étaient des résolutions de lectrices : lire des romans québécois, lire des classiques, partager les œuvres que j’aime, etc. Cette année, je prends une résolution d’autrice : ma carrière va bien, il est temps que je laisse aller mes livres une fois publiés.

Je m’explique!

Je suis une mère poule! Tant avec mes enfants qu’avec mes livres. Avec ces derniers, une fois qu’ils sont publiés, je m’inquiète de leur sort. Sont-ils disponibles sur les tablettes? Sont-ils lus? Sont-ils appréciés? Commence alors une spirale de vérification de l’inventaire des librairies, des médias sociaux et des sites littéraires.

Bref, beaucoup d’énergie dépensée. POUR RIEN!

Pour rien, parce que la plupart du temps, il n’y a rien d’intéressant à y trouver, puisque la vie de mes livres se fait sur le long terme. Pour rien parce que les nouvelles importantes finissent par se rendre à moi de toute manière, via mes éditeurs ou mes amis. Pour rien parce que, une fois le livre publié, je n’ai plus grand contrôle sur ce qui lui arrive.

En y réfléchissant, je crois que cette compulsion à rechercher de l’information était reflet d’une grande ambition : vivre de ma plume. Je consultais les sites comme d’autres consultent les oracles : « Goodreads, Goodreads, dis-moi, puis-je y croire encore? ». Mais voilà, l’ambition est remplie : je suis revenue au salaire que j’avais comme employé de bureau. Il est temps de profiter de ce métier fantastique, et de lâcher prise!

Désormais, j’écris mes livres, je les relâche dans l’univers, et je passe à autre chose!

Fiouf! Ça va faire du bien.

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Réflexion de déracinement #3: on s’adapte moins vite qu’on pense

Petit rappel, j’utilise mon déménagement pour analyser les réactions d’un humain sorti de sa culture. Chez un auteur normal, ces réflexions peuvent servir pour une histoire d’adolescent qui déménage et change d’école secondaire. Dans mon cas, il y a plus de chances que ça serve au passage d’humains vers un monde parallèle, ou à l’arrivée d’un extra-terrestre dans un petit village des Laurentides.

Billet lui-même, maintenant:

Voilà près des cinq mois que je suis en France, soit la moitié de notre séjour. On pourrait penser que ça y est, mon adaptation est faite, et c’est vrai sur certains points. Je ne me pointe plus dans un petit magasin local en début d’après-midi (c’est fermé!!), le St-Moret a remplacé le beurre d’arachide sur mes rôties du matin, et je prends les ronds points comme une championne.

ET POURTANT…

Pourtant, il reste plusieurs adaptations qui tardent à venir! La première est celle du langage! Je suis toujours incapable de parler du repas du midi comme étant le déjeuner, ou celui du soir comme étant le dîner. Même chose pour calorifère (radiateur) et boîte à lunch (panier-repas). J’ai beau savoir que ce sont les termes utilisés ici, ce ne sont pas ceux qui sortent de ma bouche. C’est comme si la portion de mon cerveau qui traduit d’une culture à l’autre avait toujours quelques secondes de retard sur ma parole. Lors de dialogues, je suis constamment en train de me reprendre moi-même lorsque je parle à des Français.

Le deuxième problème, c’est la fameuse bise! Au moins, dans le sud, c’est deux, comme au Québec! Ça fait déjà ça de pris. Par contre, c’est beaucoup plus souvent. Les premières fois que des gens que je n’avais rencontrés qu’une seule fois ont approché leur bouche de mes joues alors qu’on se croisait à peine, mon réflexe a été de reculer avec un air terrifié. J’ai probablement insulté des dizaines de Français en agissant de la sorte! Avec le temps, je m’y suis fait, preuve qu’il y a adaptation,  mais cette dernière n’est pas complète. Il y a une chose à laquelle je ne m’habitue pas: faire la bise aux enfants. Déjà, ça m’a pris DES SEMAINES avant de comprendre pourquoi, lors de rencontre avec leurs parents, les enfants se plantaient parfois devant moi, sans rien dire, le visage tendu vers le haut. Et si, maintenant que j’ai compris, je suis capable de m’y contraindre, le geste ne m’est toujours pas naturel, et je m’y dérobe dès que je sens que je peux le faire sans offusquer personne.

Bref, cinq mois plus tard, je suis encore, parfois, un poisson hors de l’eau.

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