Tous les articles par Annie Bacon

Troquer mon clavier pour un pinceau… 

Laissez-moi vous rassurer tout de suite, je ne change pas de carrière pour devenir aquarelliste, je prends simplement quelques semaines de congé d’écriture afin de préparer notre nouveau chez nous! Nous déménageons dans trois semaines, et comme je viens tout juste de terminer un manuscrit (dont je vous parlerai une fois signé), et que je ne sais pas encore sur quelle histoire je travaillerai pour la suite, j’ai décidé de plonger tête première dans la peinture.

Un mur, deux murs, trois murs marleau! Ce n’est pas le travail qui manque! Avouons-le, quel métier fantastique qui me permet cette liberté! Remarquez, j’ai beaucoup d’animations scolaires à faire à travers, mais tout de même!

Le plus bizarre, c’est que j’attaque le tout comme j’attaquerais un manuscrit. Avec l’impression que le travail complet est bien trop énorme, mais la capacité de m’y mettre, une pièce à la fois, comme je le fais avec les chapitres pour mes projets d’écriture. On y trouve aussi le même travail imparfait à la première couche, avec la satisfaction de voir les défauts disparaître au retravail. Fin de la métaphore bancale.

Surtout, ça fait du bien, un peu de travail physique. C’est valorisant, aussi: ça crée du beau, de manière concrète, immédiate.

Bref, ça change le mal de place! Si tout va bien, je serai tannée d’ici un mois, et je retournerai avec enthousiasme à l’écriture!

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Parlons revenu #4!

Au début de ce blogue, je dévoilais systématiquement les chiffres de mes différents revenus d’auteur (droits, pige, animations), histoire de lever un peu le voile sur ce sujet à la fois mystérieux et tabou. Une fois que j’ai commencé à en tirer quelque chose qui s’est mis à ressembler à un salaire, j’ai arrêté. Par pudeur, j’imagine. Dans les derniers jours, j’ai dû retracer mes revenus des dernières années pour un redressement d’impôts, et j’ai eu envie de vous en partager un bout!

Voici donc, en graphique, mes revenus de droits d’auteurs exclusivement (inclus :  avances de droits, Copiebec et le DPP. Non inclus : prix, bourses, animations, pige et autre).

Premier constat : de manière générale, ça monte. Yé!!!

Deuxième constat : l’évolution n’est pas une ligne droite! Il y a des pics et des vallées.

Troisième constat : je connais la raison derrière chaque grand mouvement.

  • Pic de 2013 : Victor Cordi a le vent dans les voiles
  • Vallée de 2014 : faillite de La Courte Échelle
  • Grande montée  à partir de 2018 : Les Chroniques commencent à être étudiées en milieu scolaire
  • Pic de 2019 : la publication de La Promesse du fleuve en France m’apporte une avance substantielle par rapport à ce que je reçois habituellement

C’est plutôt amusant, comme si le graphique racontait l’histoire des hauts et des bas de ma carrière.

Je ne sais pas comment conclure. Certains d’entre vous trouveront que c’est encourageant, d’autres que c’est dérisoire, selon vos propres visions du métier. J’imagine que ça prouve, d’un côté, que les auteurs jeunesse ne roulent pas sur l’or de manière générale, et de l’autre que, même sans faire les palmarès, on peut bâtir quelque chose… à condition d’être patient!

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Règles de bienséances pour auteurs sur sites de lecteurs

Pour être honnête, j’avais prévu intituler ce billet “Comment les auteurs tuent les sites de suggestions de lectures”, mais la plainte me semblait non-constructive. J’ai donc décidé d’y ajouter des pistes de solutions.

La situation est celle-ci: chaque fois qu’un groupe de suggestions de lectures se forme sur Facebook, l’évolution est la même. Au départ, les gens posent des questions et reçoivent des suggestions, et tout le monde est content. Peu à peu, des auteurs se mettent à suggérer leurs propres livres dans les commentaires. Puis apparaît une première publication d’un auteur qui annonce son livre, ce que les autres auteurs prennent comme une permission de faire de même. À force de voir ces autopromos, les lecteurs membres du groupe perdent confiance envers les suggestions proposées et cessent de s’intéresser au groupe. Ça y est, le groupe est mort.

Remarquez, je les comprends, ces auteurs! Si vous saviez comment on se sent parfois démunis devant les faibles ventes de nos livres! On se demande si c’est de notre faute, on cherche ce qu’on pourrait faire de plus… puis on se fait présenter les médias sociaux comme des solutions miracles.

La cohabitation lecteur-auteur n’est pas toujours facile. Je propose donc ces quelques règles.

Pour les auteurs

  • Faites ce que vous voulez sur votre page d’auteur, que ce soit sur Facebook, Twitter ou Instagram, elle est là pour ça!
  • Lisez les livres de vos collègues, puis suivez la règle de trois: suggérez vos propres livres au maximum une fois sur trois, et de préférence accompagnés de deux autres suggestions.
  • Ne suggérez votre livre que si c’est vraiment directement approprié! N’y allez pas d’un “C’est pour plus vieux que ce que vous avez demandé, mais…”’
  • Présentez vos nouveautés en publication que si le groupe est fait pour ça! Je pense, par exemple, au groupe “Nouveautés Québécoises” dont c’est le mandat.

 

Pour les administrateurs de groupes

  • Indiquez dans la description du groupe que les publicités ne sont pas permises, et retirez systématiquement celles qui apparaissent. Si vous en acceptez une, il y aura un déluge.
  • Créez un espace pour les auteurs. Mathieu Fortin, créateur du groupe “Littérature jeunesse: romans pour préados et ados” sur Facebook, a prévu des albums photos pour que les auteurs y mettent leurs couvertures de livres. C’est un bon compromis.

Discuter de littérature est un grand plaisir, dans la vie comme sur les réseaux sociaux, et les groupes de discussions sont de fantastiques vecteurs de bibliodiversité! Il faut encourager ces conversations, pas les tuer dans l’œuf. Quitte à avoir l’impression qu’on n’en fait pas assez. Comme disait l’autre : let it go.

 

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Un illustrateur dans un paquet de savon!

Je vous présente aujourd’hui l’illustrateur de mon album de coureur des bois. Il s’appelle Sans Cravate, et je l’ai trouvé grâce à une marque de savon!

Près de chez moi se trouve une boutique des produits écologiques en vrac Lemieux. À l’intérieur, un magnifique présentoir montre les produits de la Savonnerie des diligences, des savons faits en Estrie, dont j’ai toujours admiré les étiquettes.

Vous vous en doutez, il s’agit du travail de Sans Cravate! J’avais gardé le nom en tête, me disant que j’aimerais bien, un jour, travailler avec lui. Tellement, que lorsque j’ai su que les 400 coups acceptaient mon histoire de coureur des bois, j’ai offert un de ces savons à mon éditrice.

Quelques mois plus tard, c’était officiel, ce serait lui qui ferait les illustrations de l’album.

Vous croyez bien que je ne suis pas la seule à avoir remarqué son talent! Entretemps, il a travaillé sur un documentaire chez Petit Homme intitulé La planète dont tu es le super z’héros écolo. En voici un extrait, tiré du site de l’éditeur  :

Croyez-moi, j’ai vu les crayonnés de mon album, et on n’a pas fini d’entendre parler de lui dans l’univers de la littérature jeunesse!!! Je vous en montre quelques exemples d’ici l’automne, promis!

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Pourquoi j’écris pour les jeunes? 

Un des plaisirs de faire des animations scolaires, c’est d’être confrontée aux questions des lecteurs. La plupart reviennent régulièrement, et on finit par y répondre de manière presque machinale, mais il y en a aussi qui surprennent, qui nous obligent à réfléchir sur nous même, nos œuvres, notre rapport à notre métier.

Par exemple, les élèves me demandent souvent quel est mon livre préféré parmi ceux que j’ai écrits (La Promesse du fleuve, si vous voulez savoir!), mais pour la première fois, on m’a récemment demandé duquel j’étais le moins fière, et pourquoi! J’ai répondu, tout en réalisant que le problème n’est pas sa qualité littéraire, mais bien le fait que c’est le seul de mes livres qui me donne l’impression qu’il aurait pu être écrit par un autre. Celui qui porte le moins ma singularité comme autrice (je ne vous dis pas c’est lequel, na!). Je n’y avais jamais pensé avant.

Une de ces questions plus rares m’est habituellement posée par les professeurs, à savoir pourquoi j’ai choisi d’écrire pour les jeunes (les élèves, eux, trouvent ça tout naturel!). J’y avais déjà répondu, sans trouver mes propres explications pleinement satisfaisantes. Et là, la dernière fois qu’on me l’a posée, l’illumination s’est faite. Ma réponse officielle, désormais:

“ J’écris pour les rêveurs… et il s’adonne simplement qu’ils sont en plus forte proportion chez les 8-14 ans que chez les adultes”.

Voilà.

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Si j’écrivais de la romance…

En toute transparence, ce n’est pas dans mes plans actuels, mais pour la première fois, je me sens inspirée par des histoires d’amour, plus précisément par deux films d’animation du réalisateur japonais Makoto Shinkai : Les enfants du temps, et Your Name.

Les enfants du temps
J’ai vu le premier au cinéma alors que j’étais en France l’année dernière. Je l’ai d’ailleurs nommé, à notre palmarès traditionnel du 31 décembre dernier comme étant mon « film préféré de 2020 ». Le personnage féminin peut influencer le temps qu’il fait, mais la météo s’emballera peu à peu, exigeant son sacrifice. Son amoureux fera tout pour la sauver.

Your name
Dans celui-ci, un garçon et une fille changent de corps un jour sur deux, apprennent à se connaître à travers la vie de l’autre. Puis, le phénomène s’arrête, et le garçon, désœuvré, tente de la retrouver. Nous l’avons écouté en famille vendredi soir dernier, les yeux rivés à l’écran.

Dans les deux cas, deux amoureux réunis… puis séparés par un phénomène surnaturel. Si j’avais à écrire de la romance, je suivrais le mouvement, je pense!

Et puisque c’est un blogue littéraire…
Je vous laisse sur deux lectures qui répondent également au critère amour+surnaturel: La reine sous la neige de François Place, et  Les Éblouissants d’Ève Patenaude. Ça vous occupera en attendant que je me décide à faire le saut (ce qui, avouons-le, pourrait être long)!

 

 

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Les trois problèmes avec les rimes…

L’album que je sors au printemps, mon histoire de coureur des bois, est entièrement écrit en vers rimés. Je n’y ai pas compté mes pieds à la manière classique, mais j’ai tout de même écrit le tout avec un rythme en tête, un compte des syllabes qui accepte une certaine latitude envers les « e » muets et la possibilité de contractions.

Évidemment, ça complexifie l’écriture, mais c’est un premier problème qui vient avec le choix éditorial. On s’y attaque en connaissance de cause.

Puis vient la direction littéraire, qui est un casse-tête pas possible, puisque le moindre changement dans une strophe demande bien souvent sa réécriture complète. Encore là, on s’y attend, on sait que c’est pour la bonne cause.

La grande surprise, c’est la troisième phase : la révision! D’habitude, pour l’auteur, ce retravail est une simple formalité. On passe à travers le document en acceptant la majorité des suggestions.  Et soudain, l’horreur : on réalise que ce n’est pas si simple avec les vers rimés, et que nos strophes tant travaillées ne sont pas encore au bout de leurs peines.

Exemple N.1 :

Le dictionnaire Multi refuserait que l’on « pointe » du menton. Dans tout autre texte, j’aurais accepté  « indiquant » sans sourciller, mais dans le cas présent, mon vers en huit pieds passe à neuf! J’ai dû trouver une troisième option : « montrant », en priant pour que le Multi soit satisfait!

Exemple N.2 :

Des fois, garder le bon nombre de syllabes n’est pas suffisant! La réviseure propose ici de déplacer l’adjectif « gros » vers la fin de la phrase, pour éviter de qualifier deux fois les biceps de manière trop similaire. Le vers conserve ses douze pieds… mais perd la pause qui coupe le vers en deux fois six (ce qu’on appelle l’hémistiche!). Cette fois, j’ai dû refuser la proposition et assumer la maladresse.  Choix déchirant.

Exemple N.3 :

Il y a eu aussi le cas de « carreauté », au qualificatif refusé catégoriquement par le Dictionnaire Multi. Encore là, aucun problème pour passer à « tissu à carreau » dasn un texte en prose, mais dans ce cas-ci, le vers doit rimer avec « danger » deux lignes plus loin! J’ai été sauvée par Antidote qui l’accepte comme québécisme (et, avouons-le, par la flexibilité de mon éditrice)!

 

Bref, les suggestions qui ne m’auraient pris que quelques minutes à accepter sur un manuscrit normal m’ont occupé de longues heures la semaine dernière. Même mon éditrice m’a avoué n’avoir jamais rencontré, de sa carrière, une ronde de révision aussi difficile!

Le pire dans tout ça? Je serais prête à recommencer DEMAIN MATIN!!!

Je dois être masochiste, c’est la seule explication possible.

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Les chapitres miracles

En général, l’écriture est quelque chose de progressif. On écrit un chapitre un peu bancal, puis on le retravaille, et retravaille encore, jusqu’à ce qu’il soit satisfaisant.

Pourtant, quelquefois, arrive ce que j’appelle un chapitre miracle.

Le chapitre miracle est celui que l’on écrit d’une traite, et qui est déjà abouti. Souvent, on s’en rend compte en l’écrivant. On termine l’écriture plutôt fier de notre coup, avec la grande envie de le faire lire à quelqu’un pour partager notre joie. Par la suite, à chaque relecture, on passera à travers sans y changer une virgule, et même le retour de direction littéraire le laissera vierge de toute modification.

Un miracle.

En entrevue, j’ai déjà entendu le chanteur Renaud dire que ça avait été le cas pour sa chanson Mistral Gagnant. Que tout lui était venu très vite, d’une traite, musique et paroles, sans effort apparent.

Je me souviens que ça m’est arrivé lors de l’écriture du 4e Victor Cordi avec le chapitre dans lequel mon jeune héros doit venir à bout du Mur du consensus en mettant les visages de pierre qui constituent le mur sur la même longueur d’onde que leurs voisins.

Ça m’est arrivé tout récemment avec un chapitre du 4e Pétronille, dans lequel la jeune sorcière fait la rencontre d’un Goblin.

Le chiffre 4 me porterait-il chance?

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Vive les librairies spécialisées!

Fin 2018, je posais l’hypothèse que le futur des collections jeunesse était dans la spécialisation par genre… et si c’était également le cas pour les librairies? Et puisque je me considère une autrice jeunesse de l’imaginaire, je  vous en présente deux nouvelles qui se spécialisent chacune en une de mes deux épithètes!

La Librairie Saga
Située dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, la librairie Saga se spécialise dans toutes les littératures de genre, plus particulièrement dans celles de l’imaginaire. Il faut dire que j’ai rencontré Mathieu Lauzon-Dicso, un des deux propriétaires, au Congrès boréal, et qu’il est initiateur du prix des Horizons imaginaires. Bref, les littératures de genre et lui, c’est une longue histoire d’amour (et d’implication!). Le petit plus : les livres des deux langues officielles s’y côtoient, sans distinction! Moi qui ai si longtemps lu en anglais, je me dis que ça m’aurait pris une librairie similaire pour m’initier aux auteurs francophones!

Adresse : 5574 chemin Upper Lachine, Montréal, QC H4A 2A7
Site web : https://librairiesaga.ca/
Page Facebook : https://www.facebook.com/librairiesagabookstore

 

Le Renard perché
Librairie si nouvelle qu’elle ouvre ses portes « là, là maintenant » (plus précisément le 8 mars). Qu’est-ce qui la rend si spéciale à mes yeux? Elle est spécialisée en littérature jeunesse, et une des trois instigatrices du projet est Catherine Chiasson, anciennement de chez Bric-à-brac livres, et une de mes personnes préférées avec qui discuter de mes lectures! Elle connait tout et a des goûts impeccables. Donnez-lui quelques pistes de ce que vous cherchez, et faites-lui confiance, vous ne serez pas déçus!

Adresse : 3731 rue Ontario Est, H1W 1S3
Page Facebook : https://www.facebook.com/librairielerenardperche/

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Histoire inédite (Salon du livre de l’Outaouais)

Dans le cadre du Salon du livre de l’Outaouais, j’ai bâti une histoire de fin du monde, en coopération avec les spectateurs virtuels s’étant branchés pour le faire avec moi!

Je l’ai ensuite rédigée dans le style des Chroniques post-apocalyptiques d’une enfant sage, et de sa suite, les Chroniques post-apocalyptiques d’une jeune entêtée. Je vous l’offre ici, en exclusivité! Toutes les idées viennent du public, seule l’écriture est de moi!

Bonne lecture!!

Chroniques d’un hiver éternel

Isadora se lève et s’éloigne de la fenêtre. Elle doit se rendre à l’évidence : ses parents, partis depuis plusieurs jours, ne reviendront pas. Le Grand Hiver les a pris, comme il a pris tous les autres.

Seule dans la grande maison, peut-être même dans toute la ville, elle se déplace de pièce en pièce. Marcher la garde au chaud, empêche les engelures. « Dors près de la génératrice », lui avait dit son père, « nous reviendrons vite ». La machine s’est éteinte ce matin. Il reste encore quelques heures de soleil, gracieuseté du mois de juin. Juste assez pour atteindre la montagne, juste assez pour trouver un endroit où une nuit sans chauffage ne sera pas une condamnation.

Avant que la tempête glaciaire ne tombe sur le monde des humains, elle jouait souvent aux jeux vidéo. Son préféré racontait l’histoire de tribus primitives dans un monde envahi par des machines corrompues. Ils vivaient dans des cavernes, fraiches en été, tièdes en hiver. Elle remplit un sac d’un peu de nourriture et d’une trousse de premiers soins, cache ses cheveux pâles sous une cagoule, et quitte la maison familiale sans même un dernier regard vers sa PlayStation inutilisable.

La marche est longue, mais Isadora n’est pas une plaignarde. Chaussée de raquette, elle pose les pieds, l’un après l’autre, malgré le froid qui pique les joues, et les muscles qui fatiguent. Après trois heures, elle trouve enfin ce qu’elle cherchait: à même la falaise de calcaire s’ouvre une grotte. Elle hésite devant l’entrée. La lumière ne va pas plus loin qu’un mètre. Le reste n’est qu’un trou sombre. Elle s’imagine les pires horreurs: des tueurs, des monstres, des araignées.

Isadora n’aime pas les araignées.

La jeune fille prend son courage à deux mains et pénètre dans l’abri rocheux. Prenant à peine le temps de retirer son sac à dos, elle s’affale contre le mur de pierre, contente de laisser ses pieds se reposer. Elle sent s’éloigner la morsure de l’éternel hiver; pousse un soupir de soulagement.

Un profond ronflement lui répond.

D’un bond, elle se lève et se tourne vers la lumière déclinante du dehors. Son pied se coince dans la sangle de son sac, et elle s’affale au sol dans un grand bruit. Une masse de fourrure épaisse s’agite. Un œil s’ouvre, puis un deuxième.

Un ours brun.

L’animal se lève sur ses pattes de derrière pour lui rugir de s’en aller.  Isadora secoue sa jambe dans une tentative désespérée de se déprendre, mais ne réussit qu’à répandre le contenu du sac au sol. Aussitôt, l’ours se met à renifler, frénétiquement.

La peur fait place à la compassion. « Il doit être affamé », se dit la jeune fille, bien consciente que l’hibernation n’est pas censée durer si longtemps! Elle ouvre un sac Ziploc rempli des morceaux de steak que sa mère a fait sécher; en lance un, puis deux, puis trois.

L’ours les gobe, se déplaçant de l’un à l’autre en boitant sur trois pattes. Le petit cœur d’Isadora se serre. Affamé, blessé, et seul dans une caverne. Pauvre animal.

Elle prend sa boîte de premiers soins et tend un quatrième morceau de viande pour attirer l’ours.

— Viens, donne la patte!

Elle rit intérieurement de cette phrase, habituellement adressée à un chien. Un nom canin s’impose, elle rassure l’ours, en enfonçant sa main dans l’épaisse fourure chaude:

— Tu n’es plus seul, Brutus.

En prononçant ces mots, elle réalise qu’elle non plus.

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