Salon vs Librairies

Crédit: Jean-Guy ThibodeauUn soir, en revenant du Salon du livre Montréal, je suis passé par une de mes librairies de quartier. De fil en aiguille, la conversation est venue sur le Salon lui-même, et le libraire m’avouait ne pas être trop fan de l’événement. Je le comprends, pour lui, le Salon du livre, c’est un gros compétiteur, et le moment de l’année où se tient celui de Montréal rend la pilule encore plus difficile à avaler pour les libraires, puisque plusieurs personnes y commencent leurs achats de Noël.

Et moi qui aie souvent eu une relation amour-haine avec les salons en général (selon les années!), je me suis prise à défendre celui de Montréal.

J’ai expliqué à quel point, durant la semaine du Salon, le livre devenait un acteur important, festif, actuel. Durant cette partie de novembre, tous les médias parlent « livres » et « littérature ». Chaque achat partagé sur les médias sociaux est un grand cri qui annonce : « moi, je lis, et vous? ». L’affluence à elle-même est une grande campagne publicitaire sur le fait que le livre n’est pas mort!

Et ça, c’est bon pour toute l’industrie, libraires y compris.

Je dis souvent aux auteurs jeunesse que nous ne sommes bien plus en compétition contre les séries Netflix et les jeux vidéo que les uns contre les autres. Cet adage vaut peut-être pour notre industrie au grand complet…

… incluant Amazon? Une question pour un autre jour, sans doute.

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Molécule et le fil des événements

Mini-parenthèse pour commencer :
je serai au salon du livre de Montréal, voyez mon horaire ici!

9782896073986_largeÇa y est, j’ai trouvé mon livre jeunesse québécois préféré! C’était mon Douzou, et maintenant que je l’ai terminé, il faut absolument que j’en parle à toute la planète! Molécule et le fil des événements est une œuvre grandiose, tout simplement!

Robert Davidts n’a pas seulement inventé un monde. Il a inventé des mots, des concepts, des détours d’esprit inattendus. Digne pendant québécois de Lewis Carol, il fait honneur au fabuleux, un genre dans lequel peu se risquent, et qu’encore moins réussissent à aussi bien encapsuler.

Il y a des romans dont la force est l’émotion, l’action, ou les thèmes percutants, mais si, comme moi, c’est l’imaginaire pur vous recherchez, faites un détour du côté des éditions Soulières au Salon du livre de Montréal pour mettre la main sur cette délicieuse brique! Laissez-vous chatouiller l’esprit par ses jeux littéraires, laissez-vous emporter dans son monde d’une originalité sans égale, et, une fois que vous l’aurez terminé, faites un tour du côté du blogue de la maison d’édition pour admirer les magnifiques esquisses de Francis Black qui auraient dû l’accompagner.

Un petit mea culpa pour terminer : je m’étais plaint du prix, et bien j’ai eu tort! Il vaut chaque dollar! Ça m’apprendra à être chiche, certains plaisirs n’ont pas de prix!

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Un sursis pour l’angoisse

À la fin mai, je vous disais envoyer le manuscrit de Terre Promise en France. Il a fallu un mois de plus pour que tous les manuscrits soient envoyés, et un deuxième pour que certains arrivent, puisque quelques-uns ont dû partir par bateau.

Si je calcule 4 à 6 mois pour avoir des nouvelles, celles-ci devraient arriver pas mal maintenant… ou pas du tout.

À l’envoi, je m’étais donnée jusqu’à ma fête (la semaine dernière) pour recevoir des réponses. J’ai reçu une première lettre de refus à la mi-octobre, signe que les décisions commencent à se prendre. J’ai décidé de m’accorder un mois de plus, donc jusqu’à la fin novembre.

Et en attendant, j’angoisse, je doute, et je sursaute à chaque sonnerie de téléphone.

La non-acceptation de ce manuscrit ne serait pas une catastrophe. J’ai bon espoir de pouvoir le placer au Québec, il aura simplement pris un peu de retard. L’impact global sur ma carrière sera à peu près nul, mais ce serait quand même une déception, voire un échec. Un de plus dans la pile des désillusions de mon métier-pas-facile.

Parce qu’il est comme ça, mon métier : une suite de succès et d’échecs. Pour chaque série qui marche, une qui marche moins, pour chaque « oui », un « non », pour chaque arrivée en librairie, une disparition des tablettes.

Parfois, une fatigue s’installe…  pour disparaître à la prochaine bonne nouvelle.

PS : De manière amusante, un second refus est entré au moment même où j’écrivais ce billet. L’attente continue.

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Un gros signe au néon…

Photo de Tadson Bussey prise sur flickr
Photo de Tadson Bussey prise sur flickr

Je parlais récemment des prix sur lesquels je suis juge, en disant qu’une des utilités était de donner une petite poussée aux auteurs listés, de leur dire « Tu es à ta place, continue »!

J’ai moi-même eu cette poussée avec mon premier livre, Les naufragés de Chélon, alors qu’il a été listé pour le prix Hackmatack.

Les gagnants pour le concours de nouvelles littéraire Lurelu ont été annoncés, et on y retrouve une situation bien particulière! Sachez d’abord que c’est un concours qui ne s’adresse qu’aux amateurs, les auteurs publiés n’y ont pas droit. Donc, il y a quelques jours, les deux autres juges et moi avons délibéré pour choisir le meilleur texte dans la catégorie 5-9 ans, puis celui dans la catégorie 10 ans et plus. Une fois les choix officialisés, Daniel Sernine, éditeur de la revue, a décacheté les enveloppes qui nous dévoileraient les noms des auteurs de ces deux textes gagnants…

… ils avaient été écrits par la même personne!

Sur plus d’une vingtaine de textes dans chaque catégorie, nous avons choisi deux textes de la même autrice amateur.

Je ne peux qu’espérer qu’elle prendra cette double victoire comme un gros signe néon lui pointant qu’elle est à sa place dans l’écriture, qu’elle a du talent, qu’elle doit continuer!

Retenez donc ce nom : Julie Marcotte, et surveillez son apparition sur une couverture de livre d’ici quelques années.*

En tout cas, moi j’ai déjà hâte de la lire!

*Et, en attendant, lisez ses deux textes dans le prochain Lurelu!

 

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Parution Prise deux!!!

Sammy Sans-Def, bien entouré à la librairie Port de Tête
Sammy Sans-Def, bien entouré à la librairie Port de Tête

Cette fois-ci, ça y est! Deux semaines après vous l’avoir annoncé, le Soutermonde est finalement bien arrivé en librairie.

Fiouf! L’attente fut longue!

Pour un auteur, c’est un peu comme si vous disiez à un enfant que Noël était peut-être aujourd’hui… puis que vous repoussiez d’une journée à la fois durant 14 jours!

Et le pire, c’est que, dans les faits, deux semaines de plus ou de moins ne changent pas grands choses! Les critiques ne sont pas encore sorties, les publicités non plus, et ce n’est pas comme si ce retard nous faisait rater une grosse date importante, comme le début du shopping de Noël ou le 12 août!

Le seul véritable dommage collatéral sont mes petits nerfs! Ils vont s’en remettre!

Côté distribution, certains libraires ont été frileux (1-2 copies), mais d’autres magnifiquement enthousiastes avec de belles piles (6+) qui vous y attendent! N’hésitez pas à consulter les inventaires en ligne avant de vous déplacer, à le faire commander s’il n’y est pas, et envoyez-moi des photos si vous le voyez!

Ma prochaine parution ira à septembre prochain… il faut bien que je savoure celle-ci un peu!

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4 bonheurs d’être juge!

Ma carrière a beaucoup gagné en crédibilité dans les dernières années, notamment avec les nominations et prix récoltés par les chroniques post-apocalyptiques d’une enfant sage. Un des plaisirs collatéraux de tout ça, c’est qu’on me demande de plus en plus mon opinion. Cette année, je suis donc sur le jury de trois prix différents, et je dois avouer ADORER ça! Et pour plusieurs raisons!

Bonheur #1 : Recevoir sa caisse!
Être juge littéraire, c’est avant tout recevoir des textes, ou, encore mieux, DES LIVRES!!! Chaque fois, c’est un peu Noël : l’anticipation de se demander ce que l’on recevra, l’excitation d’ouvrir la caisse, j’en prendrais toutes les semaines!

Bonheur #2 : Les lectures imposées
Bon, je dois vous l’avouer, c’est le morceau qui fait peur. On n’a pas nécessairement de bons souvenirs des lectures imposées durant notre parcours scolaire, même si certaines d’entre elles sont restées avec nous (Merci au professeur qui m’a fait lire l’écume des jours!). Mais des lectures imposées, c’est aussi sortir de sa zone de confort et élargir ses horizons. Je suis toujours contente de réaliser que je suis capable de lire n’importe quoi! Même avec un très mauvais livre, j’y trouve mon compte. Je joue les directrices littéraires, je repère les atrocités, et, à travers tout ça, je deviens une meilleure autrice.

Bonheur #3 : Discuter de ses lectures
Évidemment, on n’est jamais le seul juge d’un concours! Il faut donc qu’il y ait délibération, et là, c’est comme un club de lecture privé! On rencontre d’autres gens allumés, qui ont lu les mêmes livres que  nous, et on découvre ce qu’eux ont retiré de chaque texte, ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils ont détesté. Ces discussions sont la cerise sur le gâteau, le grand partage par lequel tout est bonifié! La décision finale n’est jamais facile, mais la rencontre qui y mène est toujours stimulante!

Bonheur #4: Faire briller la lumière sur une oeuvre qui le mérite!
Quand j’aime un livre, j’ai envie d’en parler à tout le monde pour qu’ils le lisent à leur tour! C’est pourquoi je mets des critiques sur Goodread, et pourquoi certains ce mes billets de blogues parlent de mes lectures. Avec les prix littéraires, non seulement ça mets le livre en valeur, mais ça encourage l’auteur de continuer, d’en écrire d’autre, et ça, c’est gagnant pour tout le monde!

Bref, j’espère bien que ces trois prix pour lesquels je suis juge ne seront pas les derniers, car c’est vraiment un des beaux « bonus » de mon métier!

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Sages paroles de Neil Gaiman

Une troisième visite au ComicCon de New York cette année! Et comme chaque fois, la possibilité d’entendre, de vive voix, les meilleurs constructeurs d’histoires de la planète! Après R.L Stine et Cory Doctorow en 2014, puis Patrick Ness, Stephen Moffat et Stan Lee en 2016, voilà que j’ai eu l’incomparable plaisir de voir Neil Gaiman!

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Neil Gaiman qui répond aux questions (photo de l’écran d’agrandissement, plus efficace qu’un zoom!)

Neil Gaiman, pour moi, c’est d’abord et avant tout Sandman, une série de bandes dessinées absolument mythique que je dévore et re-dévore au moins une fois par année. Du côté des romans, c’est aussi Neverwhere, Coraline, The Graveyard book, the ocean at the end of the lane, et bien d’autres. Je n’ai pas les connaissances historiques pour dire s’il est un des fondateurs du genre de la fantaisie urbaine, mais il en est certainement une des grandes figures importantes.

J’ai donc assisté au panel sur l’adaptation en série télé de son roman Good Omens, écrit avec Terry Pratchet, pour sa part une des grandes figures de la fantaisie-tout-court (pas urbaine). Le panel était rempli de vedettes telles que David Tennant et Jon Ham, pour ne nommer que ceux-là, et l’animatrice n’était nulle autre que Whoopie Goldberg.

Je pourrais vous raconter les innombrables moments drôles et touchants de ce panel, et encore plus comment la groupie en moi tripait d’y être! Mais ceci est un blog de littérature jeunesse, alors voilà plutôt le conseil le plus intéressant que j’y ai entendu.

Durant la période de questions, une professeure de littérature a demandé à Neil quel conseil il pouvait donner à ses étudiants pour qu’ils trouvent leur propre voix. L’auteur a répondu qu’il ne fallait pas la chercher, qu’il fallait écrire, écrire et écrire encore, tout simplement et que le style émergerait de lui-même avec le temps. Il a aussi fait une comparaison avec une citation de Chuck Jones, dessinateur de Bugs Bunny, qui disait que, dans son crayon, habitaient mille mauvais dessins, et qu’il fallait les faire sortir avant d’arriver aux bons. C’est un peu pareil pour l’écriture. Il y a des milliers de phrases moyennes à coucher sur le papier avant que les bonnes puissent sortir.

Alors, voilà! De la bouche du maître lui-même! Je ne peux maintenant qu’espérer que, dans une autre vingtaine de romans, j’atteindrais peut-être le niveau de ses débuts!

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Une mise en page qui frappe!

Il y a longtemps que je m’intéresse aux différentes stratégies pour rendre les romans intermédiaires intéressants pour les lecteurs qui hésitent à passer de l’album au roman. J’en ai déjà parlé dans les billets suivants, datant respectivement de 2010 et 2014 :

Dans le gardien des soirs de bridge, les mots inventés et noms de personnages étaient écrits dans une autre typographie lors de leur première apparition, pour faciliter leur  repérage. Mon éditeur de chez Bayard a poussé plus loin l’idée d’utiliser les jeux de typos pour aider la compréhension, en offrant son propre lettrage à chaque nom propre tout au long du roman.

Ça donne ceci :

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Une fois parti, il s’est également amusé à y ajouter quelques effets en lien avec le texte…

ScreenHunter_02 Sep. 30 08.07 ou: ScreenHunter_03 Sep. 30 08.07

ou encore: ScreenHunter_04 Sep. 30 08.09

Je dois vous l’avouer, je suis hyper satisfaite du résultat! Reste à voir ce qu’en pensera le public… ce que l’on saura bientôt, puisqu’il sort cette semaine!

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Le Soutermonde en illustrations!

Soutermonde-T1-96-RGBAvec sa sortie qui approche, j’ai envie de vous présenter un peu plus mon Soutermonde. Cette semaine, donc, je dévoile les illustrations hyper dynamiques de Baptiste Cazin!

Je dois vous avouer que la réception de la première esquisse a été un choc. Pour moi, Sammy et ses compères étaient des rats… des vrais. Plus proche de Redwall que de Géronimo. Mais Baptise (sous la directive de mon éditeur) les a complètement anthropomorphisés. La vraie surprise est que j’adorais! Ça ajoutait une touche d’humour et d’humanité. Le Soutermonde avait désormais son style, que voici!

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La ville de Trou-Pourri, théâtre des dix premiers chapitres de Sammy Sans-Def.

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Sammy lui-même, dans toute sa splendeur!

ScreenHunter_08 Sep. 22 08.02 Je vous ai dit que les rats élevaient des tarentules pour leur viande?

 

ScreenHunter_10 Sep. 22 08.05Ce qui arrive quand on ose aller faire un tour à la surface!

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Sinon, rendez-vous en librairie le 1er octobre!

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C’est une euphonie! m’exclamé-je.

Dans une lecture récente, j’ai fait la rencontre d’une forme nouvelle. Lors d’un dialogue en première personne du singulier, au présent, l’auteur utilise des verbes en terminaison en “é”.

Crié-je

M’exclamé-je

Fulminé-je.

À la première rencontre, j’ai cru à une erreur. À la cinquième, j’ai bien dû accepter qu’aucun réviseur n’est assez mauvais pour en laisser passer autant, et j’ai demandé à quelques amis plus fort que moi en grammaire de m’éclairer.

Ce n’est pas une faute, c’est une euphonie, m’ont-ils expliqués, soit l’ajout de son ou de lettres pour que la juxtaposition de deux mots fonctionne mieux à l’oreille. Un exemple hyper courant: l’ajout du “t” dans “m’aime-t-il?”.

C’est une manière d’utiliser, au présent, la forme de dialogue utilisée dans la littérature au passé simple. D’autres auteurs m’ont avoué préférer la forme avec “que”.

            — Dialogue! que je lui crie.

J’ai écrit quatre de mes cinq derniers romans à la première personne du présent, et il ne m’est jamais venu l’idée d’utiliser l’une ou l’autre de ces formes.

Curieuse, je suis allé voir le manuscrit du Soutermonde, pour voir comment je gère les dialogues du narrateur.

J’ai deux tendances :

Soit je contextualise.

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Soit j’annonce à l’avance et utilise les deux points.

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Par contre, j’utilise volontiers la forme classique lorsqu’il s’agit de tiers personnages.

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Je ne crois pas qu’il y ait une forme meilleure que l’autre. Je réalise, par contre, que c’est à travers ces milliers de petits choix linguistiques qu’un auteur se crée un style personnel.

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