Extraits
Un éclair jaillit, illuminant la nuit noire l’espace d’un instant, et frappe le grand mât de plein fouet. Le massif pilier, déjà fort affaibli par le tangage incessant des dernières heures, se fend dans un fracas terrifiant, composant avec le tonnerre un concert de percussions assourdissant. Le géant de bois, paré de ses voiles en lambeaux, s’effondre sur le pont désert du navire, lézardant la coque sous l’impact. L’eau s’engouffre aussitôt dans l’embarcation par grandes lampées.
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— Vas-y ! Va rejoindre les autres puisque tu aimes tant leur idée !
— Il faut bien les rejoindre, répond Bernard, puisque la loi de l’île prévoit qu’une fois un projet voté, tout le monde doit y participer…, même le chef !
— DEHORS !
Bernard soupire en sautant sur la première branche venue. Resté seul, Robin s’étend sur son lit en s’essuyant le coin de l’oeil avec sa manche. Dans sa tête résonne la voix du juge chez qui les soldats l’avaient conduit après la mort de ses parents : « La semaine réglementaire est passée et personne n’est venu réclamer ta garde. Comme la loi le stipule, un bateau t’amènera demain à la mine de soufre pour y travailler jusqu’à ta majorité. »
« C’est moi qui fais les lois ici… » Passant sa main sous l’oreiller, Robin empoigne un objet caché sous la plume. Sa présence le réconforte et chasse une partie de sa colère. « … et j’ai ce qu’il faut pour les faire respecter. »
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Les naufragés de Chélon, extrait du chapitre 7
Sautant par-dessus les racines, zigzaguant pour éviter les branches qui lui frôlent les épaules, Miguel court comme il n’a jamais couru. La crainte de tomber ou de chuter lui demande une concentration de tous les instants. Une fois par terre, La Bête ne ferait de lui qu’une bouchée et garderait Winnie pour le dessert. Il ne peut qu’avancer sans direction précise, tournant à gauche ou à droite selon l’ouverture du terrain, avec comme seul objectif de ne jamais arrêter, voire ralentir.
Si au moins il ne s’agissait que de sa propre vie ! Dans ses bras, la petite s’accroche à son cou, les yeux figés derrière elle. Elle ne bronche ni ne pleure, et cette confiance qu’elle semble lui porter décuple les forces de l’adolescent plus encore que la peur.