Les trois problèmes avec les rimes…

L’album que je sors au printemps, mon histoire de coureur des bois, est entièrement écrit en vers rimés. Je n’y ai pas compté mes pieds à la manière classique, mais j’ai tout de même écrit le tout avec un rythme en tête, un compte des syllabes qui accepte une certaine latitude envers les « e » muets et la possibilité de contractions.

Évidemment, ça complexifie l’écriture, mais c’est un premier problème qui vient avec le choix éditorial. On s’y attaque en connaissance de cause.

Puis vient la direction littéraire, qui est un casse-tête pas possible, puisque le moindre changement dans une strophe demande bien souvent sa réécriture complète. Encore là, on s’y attend, on sait que c’est pour la bonne cause.

La grande surprise, c’est la troisième phase : la révision! D’habitude, pour l’auteur, ce retravail est une simple formalité. On passe à travers le document en acceptant la majorité des suggestions.  Et soudain, l’horreur : on réalise que ce n’est pas si simple avec les vers rimés, et que nos strophes tant travaillées ne sont pas encore au bout de leurs peines.

Exemple N.1 :

Le dictionnaire Multi refuserait que l’on « pointe » du menton. Dans tout autre texte, j’aurais accepté  « indiquant » sans sourciller, mais dans le cas présent, mon vers en huit pieds passe à neuf! J’ai dû trouver une troisième option : « montrant », en priant pour que le Multi soit satisfait!

Exemple N.2 :

Des fois, garder le bon nombre de syllabes n’est pas suffisant! La réviseure propose ici de déplacer l’adjectif « gros » vers la fin de la phrase, pour éviter de qualifier deux fois les biceps de manière trop similaire. Le vers conserve ses douze pieds… mais perd la pause qui coupe le vers en deux fois six (ce qu’on appelle l’hémistiche!). Cette fois, j’ai dû refuser la proposition et assumer la maladresse.  Choix déchirant.

Exemple N.3 :

Il y a eu aussi le cas de « carreauté », au qualificatif refusé catégoriquement par le Dictionnaire Multi. Encore là, aucun problème pour passer à « tissu à carreau » dasn un texte en prose, mais dans ce cas-ci, le vers doit rimer avec « danger » deux lignes plus loin! J’ai été sauvée par Antidote qui l’accepte comme québécisme (et, avouons-le, par la flexibilité de mon éditrice)!

 

Bref, les suggestions qui ne m’auraient pris que quelques minutes à accepter sur un manuscrit normal m’ont occupé de longues heures la semaine dernière. Même mon éditrice m’a avoué n’avoir jamais rencontré, de sa carrière, une ronde de révision aussi difficile!

Le pire dans tout ça? Je serais prête à recommencer DEMAIN MATIN!!!

Je dois être masochiste, c’est la seule explication possible.

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Une réflexion au sujet de « Les trois problèmes avec les rimes… »

  1. Les révisions ne sont jamais des formalités pour moi. Me semble que c’est toujours des histoires de même, des usages pas acceptés par tel dictionnaire, mais qui, pour une raison ou une autre, sont essentiels au texte. J’ose même pas imaginer avec des rimes!

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