Archives mensuelles : juillet 2011

Quand faire la fête?

 

Une question récente posée entre écrivains demandait si nous avions des rituels pour célébrer à la fin d’un livre. Pour moi, la question devait plutôt être « quand » célébrer la fin d’un livre!

 

À la fin d’un premier jet?

Bien que ce moment soit agréable, ça me semble prématuré! Après tout, il n’y a que la moitié du travail de fait! Il faut encore relire et réviser avant même de considérer le faire lire par qui que ce soit d’autre! Je rêve bien de célébrer la fin du premier jet par une journée de congé, mais rendu à ce moment, j’ai habituellement tellement d’autres choses en retard (qui ont été repoussées pour que je puisse terminer le premier jet en question), que la journée de congé en question devient difficile à prendre!

 

Lors de l’envoi à l’éditrice?

Là encore, l’envoi ne signifie que « plus de travail » qui s’en vient. Sans compter de l’angoisse du « et si elle ne l’acceptait pas », qui est encore pire si le manuscrit n’est attendu par personne et qu’il part simplement à la chasse à l’éditeur dans ses petites enveloppes jaunes.

 

À l’appel d’un nouvel éditeur?

C’est certainement un des plus beaux moments d’euphorie de tout le processus! Mais tant que le contrat n’est pas signé, fêter serait vendre la fameuse peau de l’ours!

 

À la signature du contrat?

Cette signature est bien souvent anticlimatique : on reçoit la paperasse par la poste, on signe seul chez soi entre deux chapitres, on renvoie de nouveau.  C’est un peu comme le test de grossesse. L’ampleur du moment nécessiterait trompettes et clairons, mais on n’a qu’une petite ligne bleue aperçu dans une salle de bain. On m’a promis, pour le prochain contrat, une signature en personne, dans les bureaux, avec présentation de l’équipe et tout. Ça sonne déjà mieux!

 

Lors de l’envoi à l’imprimeur?

Pas trop mal comme option, après tout, le travail sur le livre lui-même est alors terminé. On ne peut plus y changer la moindre virgule. C’est un moment de « alea jacta est »! En plus, selon un de mes contrats, l’envoi à l’imprimeur sera le moment ou je reçois mes avances! Le problème? C’est que, rendue là, je suis habituellement déjà « passée à autre chose ». La suite est déjà écrite,

 

Lors du lancement?

Le lancement est souvent bien près du moment où l’on voit notre livre pour la première fois. Un grand moment de bonheur et de « concret » s’il en est un. Le premier lancement est certainement une fête, mais lorsqu’on publie 5 livres par année, on ne peut demander aux amis d’être enthousiastes à chaque fois. Le lancement peut donc se transformer en événement plus marketing que personnel.

 

Lors de la réception des droits d’auteurs?

Les droits d’auteurs arrivent si longtemps après la parution du livre que j’aurais l’impression de fêter en retard. De plus, le montant, même lorsqu’il est satisfaisant, est bien souvent un rappel, d’à quel point nous faisons un métier de « crève faim ». J’en ai reçu un pas plus tard que cette semaine, d’exactement la somme nécessaire pour me faire vivre durant un mois. J’aurais bien envie de me gâter un peu… mais encore plus envie de prendre ce mois déjà financé pour écrire! Donc, je serai sage.

 

Bref, les événements ne manquent pas autour d’un livre, c’est peut-être moi qui ne suis pas de nature assez fêtarde pour savoir saisir l’occasion. Une chose est certaine, le jour où je reçois un chèque de droits d’auteurs dans les cinq chiffres, je vous paye tous un verre!

 

 

Preuve mathématique du réalisme d’écrire plusieurs romans par année

Pour une fille de lettres, j’aime les chiffres de manière surprenante! Après avoir prouvé, l’année dernière, qu’il suffirait que chaque famille québécoise achète 3 livres jeunesse québécois par année pour faire vivre tous les membres de l’AEQJ, voici ma preuve qu’il est absolument raisonnable d’écrire quatre romans jeunesse par année!

Une année comprend 52 semaines. Laissons à l’auteur 4 semaines de vacances, et 4 semaines de salon du livre et d’animations scolaires, histoire de faire un peu de promotion et parfois même d’arrondir ses fins de mois! Je suis généreuse, laissons-lui même 2 semaines de congé de maladie! 52 moins 4 moins 4 moins 2. Bilan :  42 semaines de travail. On se croirait en Europe! Évidemment, certains auteurs diront « moi je fais plus de salons », ou « moi je ne suis jamais malade », comprenez que nous sommes au royaume des statistiques, et que la loi des moyennes règne en reine.

Une semaine devrait comprendre environ 40 heures de travail. Certains diront « bou hou hou, écrire c’est plus dur de le faire beaucoup d’heures d’affilé ». J’atténuerai donc mes ardeurs à 30 heures, pour les accommoder. Il va sans dire que l’auteur doit écrire à temps plein, et non en marge d’un autre travail à 40 heures par semaines!

42 semaines à 30 heures par semaines, ça nous fait 1260 heures d’écriture par année.

Décortiquons maintenant le travail d’écriture. On peut retirer tout de suite un 10% de temps pour la planification et la recherche avant d’entamer l’écriture. Reste 1134 heures.

La plupart des auteurs seront d’accord pour dire que la révision prend autant de temps que l’écriture elle-même, on coupe donc le tout en deux. Reste 567 heures.

Gardons ces heures en mémoire pendant que l’on calcule l’autre partie de la preuve, soit l’ampleur de la tâche à accomplir!

Mes manuscrits à moi font 75 pages. Admettons que c’est un peu court, et doublons le tout à 150 pages pour rejoindre un public plus large, soit les 10-14. Pour ceux qui préfèrent compter en mot, on parle de manuscrits de 30 000 mots environ. On multiplie le tout par 4 pour écrire nos quatre romans, pour un total de 600 pages à écrire.

Notre auteur a donc 567 heures pour écrire 600 pages, ce qui fait à peine plus d’une page par heure.

Complètement, absolument, réaliste et raisonnable! CQFD!

Ne plus attendre de téléphone.

J’ai récemment réalisé qu’il y a maintenant plus d’un an que j’attends un téléphone. En fait, pas un seul téléphone, mais voilà un an non-stop que j’ai toujours au moins un projet qui me tient à cœur et qui est dans les mains d’éditeurs divers.

Tout d’abord, il y a eut mon roman pour les tout –petits, parti en mars 2010.  et depuis placé aux Éditions du Phoenix.

Ensuite, l’album illustré qui a commencé son voyage au Salon du livre de Montréal   pour aboutir six mois plus tard chez Boomerang.

Puis finalement, la nouvelle série de roman d’aventures pour les 9-11, pour laquelle j’avais décidé de ne faire qu’un plan et trois chapitres,  et qui s’est trouvé un éditeur la semaine dernière. (je vous dévoilerai qui lorsque ce sera signé!)

Ce qui met fin à une année (et plus!)  intense (et plus!) de développement.  Mon assiette est bien pleine; plus question de penser à de nouveaux projets! Surtout, je peux recommencer à entendre le téléphone sonner sans que ma première pensée soit : « et si c’était un éditeur? » À bien y penser, si c’est un éditeur qui m’appelle, ce sera désormais plutôt pour me rappeler à l’ordre sur mes livrables!

Je suis mieux de m’y mettre!

 

P.S. il reste bien mon conte de Noël en rime envoyé en France au printemps  mais les chances sont si minces, et les délais si longs, que je réussis très efficacement à ne pas y penser!

Ne m’appelez plus Perrette!

J’ai toujours eu des tendances « Perrette et le pot au lait » , soit celle d’imaginer des retombées extraordinaires à la moindre porte qui fait mine se s’entrouvrir. Par exemple, à peine étais-je inscrite en scénarisation cinématographique dans la vingtaine que je peaufinais déjà mon discours pour les oscars. Que voulez-vous, j’ai le rêve facile!

Évidemment, le métier d’auteur est rempli de petits espoirs qui alimentent ce genre de fabulations grandioses! Avant même la sortie d’un premier tome, qu’on rêve d’entrevues et de réimpressions à n’en plus finir! Dès la première séance de dédicace programmée, on imagine de longues files d’attente remplies de fans enthousiastes!

La réalité est tout autre : délais interminables, longues heures à une table vide, parutions repoussées pour raisons diverses, chèques de droits d’auteurs faméliques, couverture média inexistante, la route est longue, comme dirait l’autre.

La goutte d’eau est apparue cet hiver, alors qu’un éditeur (un gros éditeur), très TRÈS enthousiaste, m’a rencontrée à trois reprises pour vanter les mérites d’un de mes projets, et m’encourager à lui proposer quelque chose d’encore plus ambitieux. Des phrases comme « la promotion te prendra beaucoup de ton temps », « rarement vu quelque chose d’une telle qualité sortir du Québec », et « publication internationale » ont, évidemment, enflammé mon imagination! Pourtant, aucune offre concrète n’a suivi : adieu veau, vache, cochon, couvée.

C’est pourquoi lorsque, la semaine dernière, un autre éditeur important m’a demandé de le rencontrer pour un café, je n’y suis allée qu’avec extrême prudence. Pas de grande envolée imaginaire cette fois-ci.

Et même maintenant que le meeting s’est conclu sur un « oui » tout ce qu’il y a de plus concret, je réussis, de manière surprenante, à me concentrer sur la tâche à accomplir (soit deux manuscrits pour avril) plutôt que sur le résultat espéré (soit vivre de ma plume d’ici trois ans).

Perte d’enthousiasme? Pas du tout! Je dirais plutôt maturité durement gagnée!

 

Le seul chaînon à ne rien craindre du passage au numérique…

… est celui des auteurs!

La semaine dernière, Martin Lessard, blogueur de Triplex, me citait dans un article sur Pottermore. En retour de balle, voilà que son billet m’en a inspiré un autre! Il parle dans son article du fait que les éditeurs et les libraires devront, pour survivre à cette nouvelle ère numérique, justifier leur présence en mettant l’accent sur la plus-value qu’ils apportent (conseil et marketing pour le premier, recommandations personnalisées pour le second).

Depuis le début de l’apparition du numérique, presque tous les maillons de la chaîne littéraire sont remis en question. Les distributeurs deviennent obsolètes, les libraires s’inquiètent, et voilà que de gros auteurs se passent d’éditeur, alors que des débutants font fortune avec l’auto-publication. Tous les maillons… sauf un : l’auteur!

Personne ne remet en question la présence de l’auteur dans la chaîne, que celle-ci soit numérique ou traditionnelle. Pourquoi? Parce que, comme le disait avec verve et humour Margaret Atwood lors d’une présentation à la conférence TOC 2001 (Tools of Change for Publishing), les auteurs sont une « source primaire » de laquelle se nourrissent les autres maillons.

Évidemment, ça ne veut pas dire que les auteurs doivent se désintéresser du débat! Tant qu’il y aura des lecteurs, la survie du métier d’auteur est assurée… mais la grosseur de leur part de tarte, elle, peut grandement varier.