Archives mensuelles : décembre 2010

2010, année de développement

J’ai commencé 2010 avec une nouvelle idée en tête : celle d’éventuellement vivre de mon écriture. Sachant pertinemment qu’un tel projet devait être vu à long terme pour avoir des chances de marcher,  j’ai élaboré un plan en plusieurs étapes : d’abord, augmenter mon nombre de publications pour atteindre un minimum de trois livres par année. Ensuite, progressivement changer les proportions pige/écriture jusqu’à ce que l’écriture compte pour 50% de mon revenu.

Pour cela, je devais vérifier deux hypothèses. Mes trois premiers romans ont été écrits durant mes congés de maternité. Je devais donc vérifier ma capacité à écrire à travers les contrats. Constat : mitigé. J’ai bel et bien réussi à écrire le tome 4 de Terra Incognita, en plus d’avoir réalisé tout le développement décrit dans le prochain paragraphe… mais il m’a fallu, pour la première fois, demander une extension à mon éditrice. En effet, après un hiver-printemps assez tranquille, les contrats se sont succédé à un rythme fou à l’été et à l’automne. Il faut dire que c’est très difficile, comme pigiste, de dire « non » à un contrat, puisqu’on ignore toujours quand le prochain arrivera. Leçon apprise : prendre encore plus d’avance sur les manuscrits officiellement « dus » avant de se permettre de faire du développement.

Pour atteindre la première étape, soit la publication de trois livres par année, je devais réussir à être publiée par un deuxième éditeur. Les Éditions du Phoenix peuvent me permettre de publier jusqu’à deux titres, mais trois, c’est beaucoup demander à une écurie aux places limitées qui gère tant de bons auteurs.

J’ai tenté les choses suivantes :

  • Écriture complète d’un manuscrit + envoie dans enveloppes jaunes. Non seulement la lenteur du processus m’a déprimée, mais il n’a essuyé que des refus. Projet tabletté jusqu’à nouvel ordre.
  • Utilisation de contacts + plan de projet. J’ai bien aimé cette méthode. Elle est rapide, puisqu’on s’adresse à quelqu’un de précis, et que tout se joue par courriel. De plus, on perd beaucoup moins de temps à faire un plan de projet plutôt qu’une rédaction complète. Côté résultat par contre, deux plans envoyés, aucune réponse définitive.

  • Élaboration d’une partie du projet + porte-à-porte au salon. C’est la meilleure méthode à ce jour. Comme pour la précédente, les résultats finaux ne sont pas encore connus, mais juste pour la possibilité d’ajouter les éditeurs rencontrés à son carnet d’adresses pour futurs projets, ça en aura valu la peine! À refaire!

  • Tentative outremer avec contact. Celui-là est un cas un peu particulier. Un texte que j’ai écrit très rapidement et qui s’est retrouvé dans les limbes. Une amie virtuelle outremer a bien voulu me servir de première lectrice et me donner le nom d’un éditeur français auquel l’envoyer. Il n’est pas encore parti, c’est un « à suivre ».

Constat : je suis, au moment où je vous écris, certaine à 90% d’avoir un projet qui sortira chez un deuxième éditeur, mais pas nécessairement pour 2011! De plus, tout ce temps de développement fait que je n’ai qu’un seul roman qui sortira aux Éditions du Phoenix. Bref, les trois publications par année sont loin d’être dans la poche!

Conclusion : en 2010, j’ai « semé à tous les vents ». Rendez-vous en 2011 pour voir de quoi aura l’air la récolte! Moi qui ai des tendances « Perrette et le pot de lait », je ne peux m’empêcher de penser que la prochaine année sera bien excitante!

Sur ce, je vous souhaite de joyeuses fêtes à tous, et on se retrouve justement dans ce 2011 plein de promesses!

La délivrance du premier lecteur

La semaine dernière, mon amoureux est rentré de voyage d’affaires en ayant terminé la lecture de mon Tome 4 de Terra Incognita. Sébastien est  mon premier lecteur.

À chaque fois qu’il termine un de mes manuscrits, je deviens comme une petite fille qui revient de camps de vacances! J’ai soudainement trop de choses à raconter! L’écriture se fait en solitaire, et s’il va m’arriver en cours de route de parler de certains blocages ou embuches, la majorité de ma journée de travail reste embouteillée à l’intérieur de mon cerveau… jusqu’à ce que Sébastien en lise le résultat!

Je lui parle alors des changements parvenus en cours de route, des problèmes rencontrés avec certains personnages, des choix narratifs, et des scènes dont j’ai eu le plus de plaisir à écrire. Il me questionne sur certains passages, cite les scènes où j’ai réussi à le surprendre, d’autres où il m’a bien reconnu. On parle des personnages comme si c’étaient nos amis de longue date et qu’on analysait les dernières nouvelles reçues!

Évidemment, le premier lecteur a aussi de grandes utilités, comme de pouvoir identifier les problèmes de compréhension, les absences, les raccords qui se sont fait dans ma tête mais pas sur le papier, et milles autres améliorations du manuscrit pour lesquelles je suis pleinement reconnaissante. Mais le véritable plaisir d’avoir un premier lecteur est dans le partage! C’est aussi pourquoi je n’échangerais le mien pour rien au monde!

La frontière entre livre interactif et jeu

The Heart and the BottleEn commentaire à mon billet « Le bateau que manqueront les éditeurs »  portant sur les livres numériques interactifs, Liceal, du blogue « sous un pissenlit »  a eu la gentillesse de partager une bande-annonce pour un livre interactif de Harper Collins.  Les voilà, les livres interactifs sont à nos portes!

Cette bande-annonce a déclenché chez moi une réflexion, entamé depuis un commentaire entendu lors de ma présentation au Bookcamp, soit : « dès qu’il y a de l’interactivité, c’est un jeu, pas un livre ». Il est évident que le livre peut se permettre un peu d’interactivité tout en restant fidèle à sa nature, comme il est évident que trop d’interactivité transforme le tout en jeux. Mais la frontière entre les deux, quelle est-elle?

J’ai d’abord considéré la possibilité que la narration orale rendait nulle l’appellation de « livre », pour réaliser que les livres-audios et les livres-disques (trente-trois tours, longues durée, tirés du filme de Walt Disney) incluaient la narration complète du texte sans pour autant perdre leur appellation livresque. L’abus de dialogue m’a porté du côté des pièces de théâtre et du scénario, mais sans résoudre mon problème actuel.

J’ai ensuite cherché du côté des proportions entre la narration et l’interactivité. Du genre : « Au delà de 30% d’interactivité, ce n’est plus un livre », mais encore là, la définition porte à confusion et passe à côté de l’essentiel. Essentiel qui a fini par me frapper! Je déclare donc :

Dans un livre interactif, l’interactivité doit être au service de l’histoire textuelle.

Voilà ce qui, pour moi du moins, fait toute la différence entre un livre et un jeu (J’ai rajouté le « textuel » à la fin pour ne pas qu’on entre dans le domaine du film).

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en jeu vidéo, l’histoire n’est qu’un prétexte à l’interactivité, que l’on préfère habituellement appeler « Gameplay ». Je vous garantis qu’une mission dans un jeu d’espionnage commence par un décision de : « il faudrait maintenant une mission où le joueur ne peut pas se servir de ses armes » pour ensuite se développer en « OK, on va dire qu’il y a une fuite de gaz dans la base et que la moindre étincelle fait tout flamber ». Et non pas l’inverse.

Toujours pas convaincu que les histoires en jeux vidéo ne sont que des « scénarios prétextes à scènes de combat/course/tir/zombies? Croyez-vous vraiment que le Mario Bros de Myamoto a commencé par un épique récit de plombier sauvant une princesse des griffes d’un dinosaure? Eh non! À preuve, changez Mario en lapin, et la princesse en carotte, et vous obtenez exactement le même jeu. Faites le même exercice pour « le vieil homme et la mer », et vous obtenez une tout autre œuvre!

Vous rencontrerez possiblement des jeux vidéo ou des livres interactifs qui ne suivront pas le principe de ma définition. Dans ce cas, ce ne sera pas ma définition qui est invalide, mais bien ces œuvres qui ont été mal étiquetées, ou encore les créateurs qui n’auront pas fait correctement leur travail! Du moins, c’est ce que je dirai!

Il manque certainement quelques précisions, mais, comme créateur de ces deux types d’œuvres, c’est par celle-ci que je trancherai entre mon désir de pondre un jeu à caractère narratif ou un livre à caractère ludique. Comme disent les matantes, c’est l’intention qui compte.

Tendances : la catégorie « Jeune adulte »

J’ai déjà touché un peu au sujet dans mon billet « Que sont les héros adultes devenus », j’y parlais d’un article de Entertainment Weekly qui clamait que le livre « To Kill a Mockingbird » serait aujourd’hui classé dans ce nouveau créneau qu’est la littérature Jeune Adulte… un créneau en grande expansion aux États-Unis, et presque inexistant chez nous.

D’abord un peu de définitions. Wikipédia offre un excellent article, mais je trouve sa caractérisation et ses exemples trop inclusifs. Je décrierais moi-même cette catégorie comme comprenant des livres qui s’adressent aux jeunes du secondaire (de 1 à 5, pas juste les deux premières années), figurent un héros de 15 à 18 ans, dans un format de livre propre aux adultes. En effet, les livres « jeunes adultes » ne sont pas en format poche comme les romans pour les 6-12. On les retrouve plutôt en format « best-seller », avec couverture souple.

Quelques exemples marquants ou à surveiller :

Twilight, qui se passe de présentation. Go team Jacob!

The Hunger Game, une série dans laquelle des adolescents sont forcés de se tuer jusqu’à ce qu’un seul survivant reste, le tout télévisé comme une série « réalité ». Un concept presque obscènement identique à « Battle Royale », un grand succès japonais publié en 2000.

Matched : Une nouveauté qui jouissait déjà d’une reconnaissance énorme avant même d’être publié: contrat d’édition dans les 7 chiffres (oui, oui, sept!), droits cinématographiques déjà pris, etc. La prémisse? Un triangle amoureux entre une jeune fille de 17 ans, le garçon génétiquement choisi pour elle et celui qu’elle aime vraiment, le tout dans un future à la « Soylent green ». De la science-fiction pour fille? Pourquoi pas! À surveiller.

Cette catégorie est pratiquement inexistante au Québec. En creusant un peu, j’ai trouvé quelques œuvres pouvant être considérées comme « jeune adulte » (Arielle Queen et Le royaume de Lénacie étant mes meilleurs candidats), mais on est loin du phénomène observé chez nos voisins du Sud. Pourquoi cette absence? Est-ce simplement que la petitesse de notre marché rend la sur-segmentation risquée, ou est-ce un déprimant retard de notre part?

Un fait intéressant pour terminer, « Filles de Lune », de la fort sympathique Élisabeth Tremblay, est sorti sous bannière adulte ici, mais est classé « jeune adulte » en France. C’est un succès dans les deux cas! Comme quoi un bon livre trouve son public, quel que soit le positionnement!

Palmarès des erreurs de style que j’ai appris à réviser

Je viens de terminer ma révision personnelle (donc, sans éditrice) de mon manuscrit de Terra Incognita Tome quatre. Avec chaque tome publié, des correctrices professionnelles se penchent sur mon écriture pour en relever les erreurs, et à chaque fois, j’essaie d’intégrer leurs corrections à mon style, histoire de leur sauver un peu de travail pour la prochaine fois.

Voici le « top 10 » des corrections que je garde en tête lorsque je corrige :

  1. L’abus de points d’exclamation! Je suis une personne enthousiaste, même à l’écrit!!!!!
  2. Les phrases négatives.
  3. L’abus de conjonctions de coordinations (que, que, que) qui rendent mes phrases interminables.
  4. « Semble », « tente », « essais » et tous leurs semblables qui amenuisent l’action posée. Bien souvent, un personnage de « tente pas de marcher, éviter, prendre, etc. », il le fait, et c’est tout!
  5. L’abus de participe présents, qui sont venus remplacer en trop grand nombre les conjonctions de coordination.
  6. Les répétitions de mots dans le même paragraphe, une tache allégée par la fonction « répétition » d’Antidote
  7. Le mot « soudainement » auquel les correctrices préfèrent « soudain »
  8. Les « ne » inutiles dans les négations, bien que j’ai déjà entendu parler de correctrices qui les ajoutaient. Les deux sont acceptés, je crois.
  9. Les espaces de trop
  10. Et, évidemment, les fautes d’orthographe, autant que possible!

À chaque fois, je crois avoir fait mieux, et à chaque fois, pourtant, la copie me revient aussi couverte de rouge qu’au manuscrit du tome précédent! 100 fois sur le métier…